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emigrationalgerie
Description du blog :
Correspondance, documents d'archives sur l'émigration allemande et alsacienne en Algérie. Articles.
Catégorie :
Blog Famille
Date de création :
11.06.2008
Dernière mise à jour :
05.11.2009

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Portrait géographique de l'Algérie - 1844.

Portrait géographique de l'Algérie - 1844.

Publié le 15/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
Recherches sur la géographie et le commerce de l'Algérie méridionale - 1844.

Voici un texte tiré de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes qui dresse un portrait géographique et commercial de l'Algérie en 1846. C'est une notice bibliographique sur une publication dont l'auteur est E. Carette.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.

RECHERCHES SUR LA GEOGRAPHIE ET LE COMMERCE DE L'ALGERIE MERIDIONALE, par E. CARETTE. 2 volumes in-8°. Paris, imprimerie royale, 1844.- Faisant partie de l'Exploration scientifique de l'Algérie, publiée par ordre du Ministre de la Guerre.

Ce livre traite en effet de l'Algérie méridionale, c'est-à-dire de cette portion de l'Algérie, éloignée non pas seulement des établissements et des nouveaux villages de colons, mais même des derniers postes militaires qui les protègent; de cette région que nos armées n'ont pas encore visitée, et où nul Européen ne voudra de longtemps voyager isolément.

La première question que l'on s'adresse est de savoir comment M. Carette a pu, sans y pénétrer, dresser le tableau géographique et commercial d'un semblable pays. Cela s'est fait par un procédé aussi simple qu'ingénieux et dont les résultats sont surprenants de clarté, de richesse, on dirait presque de certitude.

Sans quitter pour ainsi dire Alger, M. Carette s'est mis en rapport avec les Arabes qui viennent des tribus les plus éloignées apporter à la côte et surtout à la capitale les produits de leur récolte. Grace à la connaissance parfaite de la langue indigène, que lui a donnée un long séjour en Afrique, M. Carette a pu prendre à part et interroger individuellement tous ces marchands voyageurs, répétant les mêmes questions à dix individus du même village, prenant note de leurs réponses, les réunissant et les interrogeant ensuite ensemble pour une dernière vérification; puis, passant à la tribu voisine, reprenant, sans se lasser, les mêmes détails, et parcourant ainsi de proche et proche l'Algérie entière. M. Carette a pu de la sorte dresser la carte et la statistique des provinces les plus reculées jusqu'au désert, et réunir les renseignements les plus précis sur des pays et des peuplades dont les noms mêmes n'avaient jamais été indiqués avant lui.
Il est arrivé, par le même procédé, à figurer le réseau de toutes les voies de communication existant au sud de l'Algérie, à donner même la distance d'un village à un autre. On ne citerait pas de localité un peu marquante dont M. Carette ne puisse indiquer approximativement le nombre de tentes, le nombre d'hommes, leur richesse, la nature de leur industrie, leur état intellectuel et moral; car l'auteur, aussi persévérant que sagace, n'a rien négligé pour compléter ses investigations testimoniales.

Dans la partie géographique, la seule à laquelle nous puissions nous arrêter ici, M. Carette précise d'abord la distinction, imparfaitement connue, du Tell et du Sahara. Le Tell est la partie septentrionale ou maritime de l'Algérie; le Sahara est au-delà et précède le désert. Dans le Tell se trouvent nos camps, nos établissements, à côté d'immenses espaces de terres cultivables qui pour longtemps suffiront à nos efforts de colonisation. Si l'on veut tracer à peu près la limite de cette région, depuis le Maroc jusqu'à la régence de Tunis, on doit suivre une ligne qui partant de la position de Sidi-Ahmed ben Abdallah, à 8 lieues sud-est de la ville marocaine d'Ouchda, touche El Gor, Saïda et Frenda, passe au sud de Takdempt, touche Gondjila, laisse Msila à 5 lieues au sud, touche El Gantar, laisse encore Biskra à 6 lieues au sud et s'arrête à Négrin, sur la limite du royaume tunisien.
C'est dans cette grande étendue de pays de 150 lieues de long sur une profondeur variable de 20 à 50 lieues, que se trouvent, outre les ports de mer, les villes de Mascara, Takdempt, Orléansville, Médéah, Blidah, Sétif, Djimilah, Constantine, etc. Au sud de la ligne que nous venons de tracer, est le Sahara algérien, dont les villes principales sont Aïn-Madhi, Msila, Bousada, Biskra, Tuggurt, Goug, Metlilli, Ouareglah, Rardia, etc.

Le Tell est le pays des céréales, du labourage et des moissons; le Sahara est le pays des palmiers, des fruits et des pâturages. Les habitants du Tell sont essentiellement agriculteurs; ceux du Sahara sont pasteurs et jardiniers. Ces définitions, empruntées au livre de M. Carette, surprendront peut-être quelques personnes que trompent encore la confusion occasionnée par les géographes et les poètes, entre le Sahara et le désert. Il faut ici laisser parler l'auteur lui-même :
"Compris sous deux dénominations qui s'excluaient mutuellement, appelé par les uns "grand désert", ce qui entraînait l'idée de la désolation et de la stérilité; appelé par les autres "pays des dattes", ce qui impliquait l'idée de la production et du travail, le Sahara était devenu une contrée fantastique dont notre ignorance agrandissait les proportions et uniformisait l'aspect. Depuis les montagnes qui bordent l'horizon du Tell, jusqu'aux premières côtes du pays des noirs, il semblait que la nature eût étendu une nappe uniforme composée de steppes ardentes, région maudite... Tel n'est point l'aspect du Sahara, vaste archipel d'oasis dont chacune offre un groupe animé de villes et de villages. Autour de chaque village règne une ceinture d'arbres fruitiers : le palmier..., le grenadier, le figuier, l'abricotier, le pêcher et la vigne... Le Sahara ne règne pas seulement au sud de la régence d'Alger, il s'étend au midi de la régence de Tunisie et de l'empire du Maroc; dans ces deux états, la zone septentrionale porte aussi le nom de Tell. Il existe donc un Tell et un Sahara tunisiens, un Tell et un Sahara algérien, un Tell et un Sahara maroquin."

Mais à quelle profondeur s'étend le Sahara algérien ? Et jusqu'où faudra-t-il descendre, si l'on veut en trouver le terme ? Question intéressante pour la géographie et liée à cette autre question importante : l'Algérie a-t-elle vers le sud une limite arrêtée et naturelle ?
Le livre de M. Carette nous donne ici une réponse affirmative et péremptoire. Oui, l'Algérie a une limite physiquement et distinctement marquée par une suite continue d'oasis qui, partant du Maroc, arrive à la régence de Tunis, sous les noms d'Ouad-Sidi-Cheihk, Ouad-Mzab, Ouaregla, Temacin, Oulad-Rir et Ouad-Souf. Au-delà de cette ligne est le désert, le vrai et grand désert; au-dedans sont les oasis ou le Sahara. C'est cette grande région mitoyenne, renfermée entre le Tell et le désert, région inexplorée et presque inconnue, que M. Carette a décrite en détail.

Après l'étude géographique du pays, l'auteur passe à la statistique commerciale et suit tout le mouvement des tribus. Il fait connaître leurs marchés, la nature et quelquefois la quotité de leur commerce, les ressources de leur agriculture, leurs moyens d'échange, leurs marchandises, le prix des denrées, les relations des villes et des oasis entre elles, les routes que suivent leurs marchands pour se rendre à la côte, les placements qu'ils y trouvent et les moyens d'augmenter ces débouchés.
M.-L

Source :
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1846, 2ème série, tome III.