L'invasion de l'Algérie.
Les raisons de l'invasion de l'Algérie.
L'Algérie fut "conquise" en 1830.
La raison officielle du débarquement de l'armée française à Sidi-Ferruch, le 14 juin 1830, c'était pour répondre à l'insulte infligée au roi Charles X par le dey d'Alger, qui avait souffleté et chassé Monsieur Deval, consul de France à Alger, le 30 avril 1827.
Il y avait d'autres raisons : Hussein pacha, depuis longtemps, se livrait à la piraterie, arraisonnant et pillant nombre de bateaux qui croisaient au large de ses côtes, menaçant ainsi le commerce maritime en méditerranée.
Derrière tout cela, il y avait aussi une sombre histoire d'argent dont l'origine remontait à l'année 1801. Hussein pacha, comme des deys précédents, réclamait à la France une somme de 13.893.844 francs, toujours impayée. Les négociants d'Alger, par l'intermédiaire de deux agents d'affaires, Jacob Bacri et Michel Busnach, avaient débloqué cet argent qui était destiné à financer des fournitures aux armées de Napoléon Bonaparte. Le dey avait multiplié les réclamations sans obtenir satisfaction.
En octobre 1826, le dey écrivit directement à Charles X dont il ne reçut jamais de réponse. Ecrivant alors au baron de Damas, ministre des Affaires étrangères, celui-ci, par l'intermédiaire du consul Deval, lui fit rappeler "au respect des convenances à observer envers le roi de France".
Le jour de la réception du 30 avril, le dey était donc excédé. Il s'écria :
"Et mon argent, va-t-on enfin me le remettre bientôt ? Puis, descendant de son trône avec une lenteur voulue, il s'approcha du consul et le souffleta, dans un large geste, à l'aide de son chasse-mouches en plumes de paon. Le consul, offensé, quitta les lieux, en précisant qu'à travers lui l'insulte s'adressait au roi de France, sous les huées et les moqueries, et poursuivit par la vindicte du dey qui lui criait qu'il ne craignait pas plus Charles X que son représentant.
Le dey ne s'excusant pas, la tension monta, et toutes relations furent coupées entre Paris et Alger. Les quelques dizaines de français installés à Alger, principalement pour le commerce, voguèrent donc rapidement vers Marseille.
La marine française organisa le blocus, le long des côtes de l'Algérie. Le 17 juin 1829, une felouque tenta de se faufiler vers l'est. Arraisonnée près d'une plage, les marins français furent pris sous le feu de plusieurs centaines de Bédouins accourus sur place, occasionnant la mort de deux officiers et de vingt-cinq marins. Le dey Hussein achata aux Bédouins, au prix de 100 piastres d'or chacune, les têtes de vingt-quatre de ces marins, et les fit exposer près d'une des portes d'Alger. Une insulte à la "Royale" !
Toute chance de négociation ayant disparu, il était désormais inéluctable que la France ait recours à la force.
Le débarquement à Sidi-Ferruch.
Dans les ports français de la méditerranée, une armada se forme.
11 vaisseaux de guerre, 20 frégates, 4 corvettes, 7 corvettes de charge, 11 bricks, 8 bombardes, 9 gabares, 7 bateaux à vapeur. Avec les transports, c'étaient 600 bâtiments... l'un des plus importants armements qui fussent sortis d'un port français !
Commandée par l'amiral Duperré, la flotte prit la mer le 25 mai 1830. Après un séjour à Palma-de-Majorque, à cause des vents non favorables, l'escadre arrive en face de la presqu'île de Sidi-Ferruch, signalée comme le point la plus propice au plus près d'Alger (4 lieues à l'ouest), et le débarquement commence à l'aube du 14 juin.
L'armée qu'amenait les bateaux, aux ordres du maréchal de Bourmont, était au nombre de 37.000 hommes. On débarque aussi un matériel considérable et une artillerie importante.
Le 19 juin, bataille de Staouëli, puis Sidi-Calef le 24.
Le 29 juin, l'armée est devant le Fort-l'Empereur qui est investi le 4 juillet.
Le dey capitule et, le 5 juillet à midi, Bourmont fait son entrée à Alger, au son de la Tyrolienne de Guillaume Tell et de la Marche de Moïse.
Avec le trésor de la casbah et les marchandises garnissant les magasins, le total des prises put être évalué à 55 millions; la campagne en coûtait 43 et demi.
On déplorait 415 tués et 2.160 blessés au combat. Les maladies emportèrent plus de monde : 34 officiers et 600 soldats dans les hôpitaux de campagne.
Après la prise d'Alger, la France instaure une occupation restreinte : Oran, Mostaganem, Bougie et Bône.
L'émir Abd-el-Kader résistera encore longtemps aux français.
Les principaux responsables militaires.
- Louis Auguste Victor de BOURMONT (1773-1846), commandant de l'expédition d'Alger, ce qui lui valut son bâton de maréchal.
- Anne Jean Marie René SAVARY (1774-1833), commandant en chef en Algérie de 1831 à 1833.
- Armand de SAINT-ARNAUD (1800-1854), officier d'ordonnance de Bugeaud, général en 1847.
- Louis CAVAIGNAC (1802-1857), envoyé en Algérie en 1832, devint Gouverneur général en 1848.
- Marie Alphonse BEDEAU (1804-1863), envoyé en Algérie en 1836, Gouverneur général en 1847.
- Christophe Louis LAMORICIERE (1806-1865), participe à la prise de Constantine en 1837, à la bataille d'Isly en 1844, soumet Abd-el-Kader en 1847.
Que faire de l'Algérie ?
Le gouverneur de l'Algérie, le maréchal Valée, se borna surtout à conserver les acquits, plutôt que de continuer à conquérir plus avant le pays.
Jusqu'à l'automne 1839 : calme relatif. Dans les petites garnisons éparses, les soldats périssent d'ennui et attrapent des maladies.
Puis Abd-el-Kader, après la violation du traité de Tafna, reprend l'offensive, et les soldats se battent à nouveau.
En France, discussion chez les parlementaires. Le 15 février 1840, à la Chambre, Bugeaud fait un discours résumant très justement la situation :
"L'abandon, (de l'Algérie)
la France officielle n'en veut pas; les écrivains, c'est-à-dire l'aristocratie de l'écritoire, n'en veulent pas. Les pères de famille, qui voient périr leurs enfants en Afrique, pourraient penser autrement, mais ils ne parlent pas, ils n'écrivent pas; ils travaillent et ne sont pas consultés... Il ne reste donc, selon moi, que la domination, la soumission du pays."
"... il n'y a à saisir, en Afrique, qu'un intérêt, l'intérêt agricole."
"... Il faut donc que le pays soit conquis et la puissance d'Abd-el-Kader détruite."
Bugeaud annonce ici l'idée qui lui est chère : une grande invasion suivie de l'établissement de colons militaires.
Sur l'accord du roi, le maréchal Soult, nouveau ministre de la Guerre, nomme Bugeaud gouverneur général de l'Algérie, le 29 décembre 1840.
Le début de la colonisation et la pacification.
En 1840, environ 30.000 colons sont déjà en Algérie.
Bugeaud les encourage et organise le pays et l'armée.
"La guerre que nous allons faire - dit-il - n'est pas une guerre à coups de fusils. C'est en enlevant aux Arabes les ressources que le sol leur procure que nous pourrons en finir avec eux. Ainsi, partez donc, allez couper du blé et de l'orge."
En 1841, Bugeaud refoule Abd-el-Kader. Nommé maréchal et duc d'Isly après sa victoire sur les troupes de l'émir, il résolut d'augmenter le patrimoine des Arabes... en faisant cultiver leurs terres par ses soldats.
Prenant pour devise : "Ense et Aratro" (par l'épée et par la charrue), il restera fidèle à son principe de politique coloniale. C'est à ce principe qu'il fait allusion dans le document ci-après, première page d'une longue lettre adressée à Auguste Blanqui, le 15 juin 1847, répondant ainsi par cette missive à Mr de Bourmont qui lui cherchait noise :
"MARECHAL, DUC D'ISLY
Cabinet
... Sans doute Mr de Bourmont n'a pas voulu voir ce que, à mon sens, il y a de louable dans ma proclamation; il a mieux ainsi épilogué, sans beaucoup de justesse, c'est là ce me semble la tendance de son esprit.
Ne suis-je pas bien coupable d'avoir dit cà et ceci à des soldats, après l'énumération de leurs plus grands travaux : vous avez créé des villages et des fermes pour les colons civils, vous avez défriché les terres des cultivateurs trop faibles encore pour les défricher eux-mêmes, vous avez fait des prairies, semé des champs et vous les avez récoltés; vous avez montré par là que vous étiez dignes d'avoir une bonne part dans le sol conquis et que vous sauriez aussi bien le cultiver que le faire respecter de vos ennemis.
De quelque côté que je tourne et retourne ces paroles, je ne puis y trouver rien de blâmable. Je n'y vois qu'une simple recommandation aux pouvoirs publics, en faveur des soldats qui ont si bien travaillé, et plus encore en faveur de la colonisation, de la consolidation de la conquête."
Il est certain que l'armée effectua un travail considérable. Entre les combats, et durant les périodes de calme, les soldats deviennent terrassiers, laboureurs. Ils aident et protègent les colons civils. Leur courage et leur loyauté avait fortement marqué le duc d'Aumale, après qu'il eut pris la Smala d'Abd-el-Kader, marquant ainsi la fin de la lutte. En 1848, celui-ci écrivait :
"... La France peut compter sur son armée d'Afrique; elle trouvera ici des troupes disciplinées, braves guerriers; elles sauront donner partout l'exemple de toutes les vertus militaires et du plus pur dévouement au pays.
J'avais espéré partager leurs dangers et combattre avec elles pour la patrie...
Cet honneur m'est enlevé. Mais du fond de l'exil, tous mes voeux seront pour la gloire et le bonheur de la France."
(Lettre au Ministre de la Guerre, au moment de son exil provoqué par la Révolution de 1848, l'obligeant à quitter son poste de Gouverneur général de l'Algérie - Musée des Colonies.)
Les émigrants.
Contrairement à ce que l'on peut penser, l'émigration en Algérie fut surtout d'origine urbaine.
En 1848, on y "déporta" même des ouvriers et des hostiles au régime. Mais ces gens n'avaient ni l'envie ni l'expérience pour s'improviser cultivateurs. Beaucoup d'implantations périclitèrent, et de nombreuses personnes revinrent en Métropole.
Puis vinrent les Colonies Agricoles, aidées par l'Etat qui sélectionnait les postulants, leur distribuait des semences et même des maisons, durant quelques temps. Ils furent d'abord aidés par l'armée, puis, petit-à-petit, livrés à eux-mêmes.
Il en vint de France, bien sûr, mais aussi d'Espagne, d'Italie, de Malte, d'Allemagne....
Il y avait des colons en Algérie depuis au moins 1838, mais les plus importantes vagues commencèrent en 1848. Nombreux départs en 1853, 1870...
Un rapport du Service de l'Algérie publié en 1892 disait :
Le but essentiel de notre établissement en Algérie, c'est d'y créer, avec le concours d'émigrants européens assimilables, une race de Français qui puisse civiliser et rapprocher de nous les indigènes. Quelque signe de prospérité que pût donner d'ailleurs notre colonie, si les français n'y devenaient pas progressivement assez nombreux pour encadrer les autres éléments, nous douterions de son avenir.
Le mode de "colonisation officielle", organisé en encouragé par l'Etat, qui concédait gratuitement des terres et créait des villages, cette histoire du peuplement colonial de l'Algérie paraît se confondre avec celle de la colonisation agricole.
C'est la version officielle d'un phénomène mal étudié.
Les premiers immigrants, des paysans aventureux et courageux ?
Rappelons qu'avant 1848 la plupart d'entre eux (les 3/4) étaient d'origine citadine et affluaient dans les villes !
A la fin du Second Empire, la proportion des citadins dans la population européenne avait un peu baissé, mais restait de l'ordre de 60%.
Puis :
- 63,6 % en 1886,
- 65,4 % en 1906,
- 71,4 % en 1926.
La colonisation de peuplement fut en fait, majoritairement, un phénomène urbain. Ce qui impose la révision d'une histoire légendaire.
En 1849 et 1850, 20.500 émigrants volontaires furent effectivement dotés de concessions provisoires et installés dans 42 villages hâtivement construits par le Génie, sur le plan des camps de l'armée romaine. Mais dès 1850, l'effectif des colons était réduit de moitié. Ils ne s'adaptèrent pas aux contraintes de la vie rurale.
Il faut aussi détruire la légende du "Mayflower" algérien, l'image de ces milliers de républicains exilés en Algérie pour crime d'opposition à l'Empire, et qui auraient fait souche de tant de fiers citoyens de l'Algérie française.
Les "transportés" de 1852 n'étaient que 6.258 et, lorsqu'ils furent amnistiés en 1859, la plupart d'entre eux rentrèrent en France. Il n'en resta que 250, qui ne purent engendrer les dizaines de milliers de descendants se réclamant d'eux.
Le nombre des descendants d'Alsaciens-Lorrains a donné lieu aux mêmes exagérations. Sur 125.000 émigrants qui avaient quitté les provinces annexées par l'Allemagne, 1.183 familles reçurent des concessions gratuites en Algérie. Mais, comme presque tous les hommes étaient des ouviers de fabrique, un tiers d'entre eux seulement (à peine 387 familles) purent conserver leurs propriétés, malgré les aides, les attentions publiques et privées dont ils avaient tous été l'objet. Les Alsaciens-Lorrains n'ont donc constitué qu'une petite minorité des émigrants français installés par la colonisation officielle.
Les colons n'étaient en fait pour la plupart, ni des exilés, ni des bannis. Ils venaient de la partie méridionale du Massif Central, des départements viticoles du Midi et de la Corse, chassés par la misère ou la crise du phyloxéra. Pour la majorité d'entre eux, ils ne restèrent pas sur leurs terres.
Selon les résultats de la grande "enquête sur les résultats de la colonisation officielle de 1871 à 1895", 61% des 13.300 familles de colons installés avaient dans cet intervalle vendu leurs concessions : parmi elles, 5.655 seulement provenaient directement de la Métropole, les autres étaient dites "algériennes", c'est-à-dire françaises d'Algérie.
Encore qu'elle eût coûté fort cher - 686 francs-or par colon installé, disait-on en 1905 - la colonisation officielle parut longtemps une réussite. Elle avait créé en un siècle 700 villages ou hameaux, et façonné à l'image de la France une partie de l'Algérie.
Quelques-uns des centres créés devinrent des villes, d'autres stagnèrent, très peu disparurent.
L'Etat ne parvint pas pourtant, malgré les incitations et les avantages consentis, à enraciner une paysannerie française nombreuse.
Il ne réussit pas plus à faire vivre durablement une démocratie de petits propriétaires.
En fait, l'administration fut incapable de s'opposer à la grande colonisation capitaliste, dont on savait qu'elle "ne peuplait pas", ou d'empêcher la constitution de grands domaines plus rentables.
Sources :
- "Comment l'Algérie devint française - 1830-1848", Georges Fleury, Perrin, 2004 (ainsi que pour l'image).
- Historia Spécial N° 486/H.S./ RD - Juin 1987.
- "La Epoca" - Avril 1865.
- Documents divers et personnels.
Le colon "Algérien"
Le colon "Algérien", quittant son Alsace natale, abandonnait sa maison, sa ferme. Il réalisait tout son avoir, vendait tout son bien pour financer son départ, son voyage et l'implantation dans sa nouvelle patrie. Il payait ses dettes, s'il en avait, et demandait son passeport.
Adieu la maison à colombages, l'intérieur douillet, la manière de vivre, les amis du "stammtisch", le village...
C'était l'aventure ! Avec tout ce que cela suppose de joies, de peines et de difficultés. Mais aussi de tristesse contenue, malgré tout, de laisser un monde, une civilisation, un environnement qui - même s'il était parfois difficile - avait l'avantage d'être connu.
Et pourtant ils partaient... beaucoup !
Par exemple, de 1846 à 1856, des statistiques nous indiquent que 7.597 personnes au moins ont émigré d'Alsace vers l'Algérie. Des couples mariés, souvent avec des enfants, des célibataires aussi.
Un voyage de trois semaines au moins, en diligence, en chaland jusqu'à Châlons-sur-Saône, ou par le train. Puis le bateau à vapeur jusqu'à Arles. Encore le chemin de fer jusqu'à Marseille ou Toulon, ports d'embarquement, souvent dans des conditions difficiles, voire précaires.
Une traversée de quatre jours, sur des bateaux peu confortables, et les côtes d'Afrique du nord se précisent.
D'Alger, d'Oran, les "colons concessionnaires" se rendent sur le lot qui leur a été attribué. C'est par exemple :
"... un terrain situé à l'ancienne smala des Spahis, portant le numéro 11 du plan de lotissement (d'une superficie de l'ordre de 10 hectares...). Ce terrain est de nature de terre labourable, inculte; le sol est couvert par quelques jujubiers et des buissons épineux; il n'existe dessus ni construction ni plantation."
Le colon s'engage
"à construire une maison d'habitation et clore par des haies vives ou des fossés la parcelle dont il sollicite la concession, dans le courant de l'année, à planter 250 arbres (25 arbres fruitiers ou forestiers de haute tige par hectare), planter 1/3 par année à partir de ce jour; défricher entièrement le terrain et arracher les jujubiers et autres épines s'y trouvant, et mettre en culture la totalité des terrains concédés dans un délai de trois ans à partir du jour de la mise en possession."
Ce mode de "colonisation officielle", organisé et encouragé par l'Etat, qui concédait gratuitement des terres et créait des villages, apportait aussi des obligations aux colons.
Ceux-ci, cultivateurs ou journaliers, pour la plupart, souhaitaient obtenir des terres pour se créer leur propre exploitation, et tenter ainsi de mieux vivre.
Parfois, c'est l'Etat qui construisait les maisons. Elles étaient très simples :
Douze mètres de long sur cinq de large, avec des murs en pierres. Le mortier est composé de chaux maigre et de sable. La couverture est en tuiles.
A droite et à gauche, deux pièces identiques, de 4m10 sur 3m10, avec une fenêtre de chaque côté et un renfoncement pour une éventuelle armoire. Une porte intérieure donne dans la pièce principale.
Celle-ci, carrée (4m10 sur 4m10) comporte deux renfoncements et une cheminée. De chaque côté une porte donne sur l'extérieur.
Les routes aux alentours sont défoncées, peu d'arbres... et la chaleur ! (comme en 1848). On ensemence les terres, on crée des jardins...
La vie est dure et la nourriture pas toujours abondante.
On aménage la maison. Avec des caisses de récupération on fait des lits, des étagères, des bancs.
Les récoltes sont aléatoires et souffrent beaucoup du manque d'eau ou des invasions de sauterelles. On manque de tout et certains repartent.
Pourtant la vie continue. Des villages se créent, des communautés se constituent. On acquiert du matériel agricole plus performant.
Petit-à-petit tout s'améliore. Un épicier, un boulanger, un boucher vivotent, mais le manque d'argent empêche les industries de se former.
On construit des "norias" qui serviront à l'arrosage des jardins. Chacun s'active à peupler les basses-cours : les volailles et les chêvres abondent, quelques vaches et quantité de cochons qu'on engraisse pour mettre dans le saloir.
Avec les charrettes ou les voitures à chevaux, il faut aller loin pour moudre le grain. Des moulins sortent de terre. On crée des étables, des écuries, des granges.
L'armée se retire progressivement, laissant l'autonomie aux villages qui créent des communes et élisent leurs maires.
Avec le temps, arrive une nouvelle identité, le profil du "pied-noir" s'entrevoit. Des coutumes voient le jour. Un dialecte aussi, le "Pataouète", mélange de français de la Métropole, d'arabe, d'espagnol et d'italien, reflétant ainsi la multiracialité de l'Algérie.
Les cultures progressent... certains font du vin...
On n'oublie pas sa terre natale, mais elle n'est plus qu'une idée, un souvenir, dans la tête des enfants qui sont nés ici.
Mais nombre d'entre-eux feront le voyage inverse, surtout en 14/18 et en 39/45, découvrant ainsi, souvent pour la première fois, le pays de leurs aïeux, et certains viendront y mourir dans des combats meurtriers.
Plus tard, des milliers franchiront la Méditerranée, obligés de quitter ce pays, leur pays, où ils avaient pris racines, pour un "retour" sans gloire vers la Métropole et une autre vie.
Le débarquement à Sidi-Ferruch
11 vaisseaux de guerre, 20 frégates, 4 corvettes, 7 corvettes de charge, 11 bricks, 8 bombardes, 9 gabares, 7 bateaux à vapeur.
Avec les transports, c'étaient 600 bâtiments, l'un des plus grands armements qui fussent sortis d'un port français !
L'amiral Duperré en accepta le commandement.
Le 25 mai 1830, la flotte prenait la mer. Le 30 mai, on arrive en vue de la côte d'Afrique. Les vents n'étant pas favorables, l'amiral Duperré ramena la flotte à Palma de Majorque.
La flotte reprit la mer le 10 juin, et le débarquement commença à l'aube du 14 sur cette presqu'île de Sidi-Ferruch, à quatre lieues à l'ouest d'Alger, signalée comme le point le plus favorable de la côte.
Le débarquement ne nous coûta qu'une trentaine de blessés.
Le maréchal de Bourmont, Ministre de la Guerre, s'était fait donner le commandement de l'armée. Ses quatre fils servaient sous ses ordres.
L'armée comptait 37.000 hommes :
. 3 divisions d'infanterie : Berthezène, Loverdo, des Cars,
. 2 escadrons de cavalerie,
. une importante artillerie, notamment un parc de siège de 83 bouches à feu.
Un immense matériel avait été réuni, comme s'il devait être impossible de rien se procurer en Afrique.
Le 19 juin 1830 : bataille de Staouëli, 20.000 hommes contre les 60.000 de l'agha Ibrahim, gendre du Dey Hussein. Les français l'emportent.
Le 24 juin, l'armée est à Sidi-Calef, et le 29 juin devant le Fort l'Empereur.
Le 4 juillet 1830, le Fort l'Empereur est investit par le 17ème de ligne. Ce régiment faisait partie de la 3ème division, dirigée par le duc des Cars (d'Escars). Outre le 17ème de ligne, elle comprenait :
. le 1er bataillon du 9ème léger,
. le 1er bataillon du 1er léger,
. le 35ème régiment de ligne,
. la 2ème brigade,
. le 30ème régiment de ligne,
. la 3ème brigade, avec le 23ème régiment de ligne,
. le 34ème régiment de ligne...
en tout, 10.284 hommes et 85 chevaux.
Avaient débarqué également 1.284 hommes de la 1ère division, et un nombre identique de soldats pour la 2ème division.
Le Dey Hussein capitule.
Le 5 juillet 1830, à midi, Bourmont fit son entrée à Alger, par la porte neuve, au son de la Tyrolienne de Guillaume Tell et de la Marche de Moïse.
Un autel de campagne fut dressé dans la cour du palais, et un des aumôniers de l'armée célébra la messe.
On trouva dans la Casbah un amoncellement de métaux précieux à la mode orientale. Bourmont eut l'imprudence d'annoncer au roi (Charles X) que la valeur en était de 80 millions; aussi, quand les espèces eurent été pesées, et que l'on en eut trouvé seulement pour 48.644,00, la légende se forma que le trésor de la Casbah avait été pillé.