L'histoire du colon Ostertag.
Jean OSTERTAG est né vers 1820 à Drusenheim (Bas-Rhin).
Il part en 1842 pour effectuer ses 7 ans de service militaire.
Pendant deux ans, il est à Provins, affecté au 3ème Cuirassiers.
- Août 1844 : muté en Algérie, au 3ème Chasseurs d'Afrique, à Constantine. Expéditions dans les Aurès, en Kabylie..., bivouacs, manoeuvres, razzias de tribus, harcèlement de Bou Maza. Il manque d'avoir les pieds gelés lors de la désastreuse expédition du Bou Thaleb, dans les montagnes de Kabylie.
- Noël 1847 : nommé Cavalier de 1ère classe.
- 1849 : démobilisé, il retourne en Alsace dans sa famille. Deux ans de vie rurale...
- Avril 1851 : reprend du service au 3ème Cuirassiers, à Lyon.
- Août 1852 : muté au 4ème Chasseurs d'Afrique. Il se retrouve à Mostaganem. Accrochages vers Mascara et Orléansville. Un escadron du régiment participe à la prise de Laghouat.
- Mai 1853 : patrouilles dans la vallée du Chélif... En cours de route, il est incorporé au 1er Spahis, à Médéa.
- Juin 1856 : il épouse à Médéa Louise ROQUES, fille d'un Auvergnat, vétéran de l'armée d'Afrique. Elle est née en 1835 à Mostaganem, alors que son père servait dans la garnison.
Devenu brigadier en retraite, le père avait installé une forge sur la route de Blida, en face de l'auberge du Nador, près de l'oued Athali.
15 ans les séparent, mais cela ne semble pas être pour eux un inconvénient majeur. Deux petites filles naissent dans les années suivantes.
- 1859 : il est envoyé au 6ème escadron, à Laghouat, oasis située à 300 kilomètres au sud. Vie pénible... maladies... Les petites filles meurent en bas-âge.
- 1861 : naît un fils : Henri.
- 1862 : affecté au 3ème escadron, à la smala de Berrouaghia, pays plus salubre, à environ 30 kilomètres de Médéa. Depuis longtemps maréchal en pied au 1er Spahis, Jean maîtrise tout à fait le travail de la forge. Un peu d'agriculture sur les terres de la smala.
Il achète les 7 hectares et le lot à bâtir d'un colon découragé, commence à construire une forge privée et plante des pommes de terre (qui lui vaudront une prime à la Foire agricole d'Alger en 1864 !)
- 1869 : retraite, après 25 ans de service, durant lesquels il est resté Cavalier de 1ère classe. Il reçoit la Médaille Militaire et se consacre totalement à sa forge et à ses enfants nés à Berrouaghia.
L'Alsace devient Prusienne, et les nouvelles venues de sa famille, à Drusenheim, ne sont pas des plus réjouissantes.
Il travaille dur à la forge... Il devient Conseiller municipal, puis Adjoint au Maire.
- 1876 : le village s'agrandit quand il est question de reprendre les terrains occupés par l'ancienne smala des Spahis, le régiment ayant été restructuré. Il y prend une part active.
Il fait une demande d'attribution qui traîne en longueur des années, à cause d'une sombre histoire de passe-droits.
Il avait dû mentionner, puisqu'il est Alsacien, et malgré sa longue carrière militaire, qu'il a "opté pour la nationalité française".
Il renouvelle sa demande d'attribution de terres.
- Juillet 1877 : un ingénieur topographe remet un rapport à la municipalité sur le partage du terrain en lots; le conseil municipal délibère, remet ses conclusions à l'Administration, et procède à la mise en possession début août. Jean obtient 7 hectares supplémentaires, mais il faudra de nouvelles démarches pour entériner cet état de fait.
- 1879 : sa jeune nièce, Marie OSTERTAG, fuit l'Alsace prusienne pour aller rejoindre son oncle à Berrouaghia. Un neuveu, Marc ADAM, fait de même.
- Mai 1879 : Jean demande à l'Administration un lot de terrain pour sa famille restée à Drusenheim, et désireuse de gagner l'Algérie. L'Administration n'accordera pas de suite favorable à cette requête.
- Avril 1880 : Marie OSTERTAG, la fugitive, se marie avec Henri OSTERTAG, fils du Spahis, son cousin.
Le fils succède au père à la forge. Il y a beaucoup de travail, et les "ouled Sterlag" (la famille Ostertag) comme l'appellent les arabes, gagnent durement mais correctement leur vie.
- Octobre 1881 : obtention du titre définitif de propriété pour les 7 hectares attribués 5 ans plus tôt.
L'ancien Spahis a maintenant plus de 60 ans.
Il décède en 1893, laissant sa famille à l'abri du besoin : ferrer les chevaux, réparer les instruments agricoles, forger les ferronneries était alors une affaire prospère. Même Marie venait parfois tirer le soufflet de forge pour accélérer la cadence de travail !
Tel fut l'itinéraire de cet Alsacien venu, comme bien d'autres jeunes gens sans ressources, effectuer 7 ans d'obligations militaires en Algérie, et tombé amoureux de cette terre....
(Article de Jean Aucouturier - Historia Spécial, N° 486/HS, juin 1987)
Deux lettres, de 1876 et 1879, concernant Jean OSTERTAG :
1-
Berrouaghia, 6 novembre 1876.
Monsieur l'Administrateur,
Dans la répartition des terres de la smala, devant avoir lieu incessamment, je crois qu'il est de mon devoir de vous dire que si un colon, habitant actuellement Berrouaghia, mérite d'obtenir une concession, c'est Mr OSTERTAG Jean.
Ces derniers temps il a fait une demande qui doit se trouver aux bureaux du Gouvernement.
Mr OSTERTAG est père de quatre enfants, un garçon et trois filles. Une de ces dernières est en bas-âge. Mr OSTERTAG est maréchal; mais en même temps qu'il dirige des ouvriers pour l'exercice de cette profession, il se livre aux travaux agricoles. Il est à ma connaissance qu'il cultive lui-même sept hectares de terres qu'il a achetées. Son aptitude aux travaux agricoles, l'actif dont il dispose lui permettent de faire valoir un lot de terres sans se trouver exposé à le mettre en vente par la suite.
J'ajouterai qu'il a été soldat pendant vingt cinq ans, retraité lors de sa libération, et obtenu ensuite la médaille militaire. Depuis cette époque, il se trouve à son atelier chaque jour, dès trois heures du matin. Voilà l'homme pour lequel je vous prie de vouloir bien vous intéresser.
Si j'ose appeler votre attention sur ce colon, c'est moins pour lui être utile que pour dévoiler au grand jour ses mérites personnels.
La preuve qu'il est bon cultivateur, c'est qu'il a obtenu une prime de soixante francs en l'année 1864, pour des pommes de terre d'une rare beauté, présentées au concours d'Alger.
Veuillez agréer, Monsieur l'Administrateur, l'assurance de mon plus profond respect."
Le Maire.
J. Chatellard.
2-
Berrouaghia, 13 mai 1879.
Monsieur le Préfet,
C'est avec confiance que j'ose solliciter de votre bienveillance une faveur pour les membres de ma famille se trouvant en Alsace, soumis au régime si dur des Prussiens, en leur accordant soit un lot de ferme, n° 135, qui est disponible dans la commune en ce moment, ou le lot rural de Mr Ricôme, non présent sur les lieux, ou enfin un lot à bâtir.
Marc ADAM, mon neveu, qui a opté pour la nationalité française, a déjà fait une demande et prouvé un avoir d'au moins quatre mille francs. Déjà ma nièce est venue d'Alsace il y a peu et se trouve actuellement au milieu de nous. Le reste de la famille n'attend que la possession d'un lot de terre pour partir et venir s'installer pour toujours à Berrouaghia.
Il vous appartient, Monsieur le Préfet, de décider du sort de malheureux qui souffrent horriblement, précisément parce qu'ils ont voulu rester Français.
Ce serait avec la plus vive gratitude que je verrais leur demande agréée. Et je vous remercie mille fois pour ce que vous voudrez bien faire à ce sujet.
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.
L'Adjoint de Berrouaghia.
Ostertag.
Les actes OSTERTAG conservés au C.A.O.M. à Aix-en-Provence :
A Berrouaghia :
naissance 1876 : Jeanne Henriette
naissance 1883 : Marie Jeanne Thérèse
naissance 1884 : Marie Joséphine
décès 1883 : Jeanne Henriette
décès 1883 : Marie Jeanne Thérèse
décès 1888 : Anna
décès 1888 : Jeanne Thérèse
mariage 1880 : "OSTERLAG" Jean Henri et OSTERTAG Marie
mariage 1904 : AUCOUTURIER Jean Marie Léon et OSTERTAG Marie Joséphine.
Autres endroits :
naissance 1845 Alger : Jean
naissance 1845 Alger : Jean
naissance 1847 Alger : Rose Philippine
naissance 1857 Médéa : Joséphine
naissance 1892 Oran : Emilie Madeleine
décès 1839 Alger : Jean
décès 1875 Alger : Rose Philippine
décès 1879 Alger : Jean Baptiste
décès 1884 Alger : Eugène Michel
décès 1887 Alger : Eugènie
décès 1892 Oran : Emilie Madeleine
décès 1896 Sidi Bel Abbès : Emile Joseph.
mariage 1847 Alger : WACKHER Philippe Adam et OSTERTAG Eugénie
mariage 1850 El Affroun : KORMANN Ferdinand et OSTERTAG Marie Anne
mariage 1856 Médéa : OSTERTAG Jean et ROQUES Louise
mariage 1868 Alger : BLANCHIN Emile et OSTERTAG Emilie Rose
mariage 1883 Oran : OSTERTAG Emile Joseph et MARTIN Marguerite
mariage 1895 Sidi Bel Abbès : OSTERTAG Emile Joseph et YORCA Magdalena de la CONCEPCION
mariage 1896 Mostaganem : OSTERTAG Edouard Paul et ACHARD Berthe Marie
divorce 1893 Oran : OSTERTAG Emile Joseph et MARTIN Marguerite.