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emigrationalgerie
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Correspondance, documents d'archives sur l'émigration allemande et alsacienne en Algérie. Articles.
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Blog Famille
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11.06.2008
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Le destin du colon Louis André NAUDIN.

Le destin du colon Louis André NAUDIN.

Publié le 09/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
Le destin du colon Louis André NAUDIN.
Le destin du colon Louis André NAUDIN.

1848... la toute jeune république regarde vers l'Algérie et tente l'expérience restée sous le nom de "colonisation ouvrière de 1848".
Par l'arrêté du 19 septembre 1848, le gouvernement offre aux ouvriers parisiens la possibilité de partir pour l'Algérie, où on leur donnera des terres.

Intéressés par cette offre, les NAUDIN, une famille parisienne, s'embarquent le 9 novembre pour le village prometteur de Pontéba, près d'Orléansville.
Louis André NAUDIN, ancien journalier à Corbeil, employé chez un grossiste en vins à Paris, s'inscrit avec sa femme et ses trois fils.
Un voyage de trois semaines, effectué en chaland jusqu'à Châlon-sur-Saône, en bateau à vapeur jusqu'à Arles, en chemin de fer jusqu'à Marseille.
Une traversée de quatre jours, et les côtes de l'Afrique du Nord se précisent. La silhouette massive du cap Tenès se dresse : voici l'Algérie, le nouvel Eldorado !

Les Naudin sont partis avec le 9ème convoi (*), à destination de Montenotte, de La Ferme et de Pontéba, trois villages de la plaine du Chélif.
La route est en mauvais état... Au soir de la première journée, très éprouvante, les colons s'arrêtent à l'auberge du lieu-dit "Les Trois Palmiers".
Arrivés à Orléansville, les colons se séparent suivant leur destination, et le 6 décembre 1848, enfin, les Naudin arrivent à Pontéba, à 6 kilomètres d'Orléansville.

Trois grandes baraques, de 80 mètres de long sur 6 mètres de large, construites par le Génie militaire, une route défoncée, une rivière boueuse : le Chélif, pas un arbre, des collines nues; seuls quelques champs cultivés par les militaires. Le mythe de l'Eldorado, déjà passablement éprouvé, s'écroule totalement, et les beaux discours du départ ont maintenant un goût amer.

Le capitaine Michel Besse, du 16ème de ligne, est chargé d'encadrer les colons, et les conduit de manière toute militaire. Il dresse l'état des lieux : Pontéba compte alors 321 habitants, dont 78 concessionnaires, se partageant 121 parcelles réparties en deux zones.
Les quelques colons, venus comme ouvriers d'art (maçons, etc...) réclament et reçoivent également un petit lopin. Une baraque est réservée aux célibataires, les familles partageant les deux autres.

On aménage la route allant à Orléansville, construction de l'enceinte du village....
Dès février 1849, la route est finie.

Une quatrième baraque, destinée aux employés (en particulier ceux des entreprises de construction), à l'infirmerie et aux magasins est construite. On bâtit des hangars pour remiser le matériel et abriter les chevaux.

Les terres sont ensemencées : 260 quintaux de blé et 95 quintaux d'orge leur aveient été distribués; 2.200 arbres (peupliers, mûriers, noyers, figuiers) et 2.000 pieds de vigne sont mis en terre dès le premier mois !
De plus, les jardins (de 15 à 20 ares), situés en bordure du Chélif, (premiers terrains à sortir de l'indivision) sont distribués et déjà cultivés.
La vie est dure et la nourriture pas toujours abondante.

Chaque famille a reçu de 5 à 6 caisses à biscuits, qui ont servi à faire des lits, des étagères ou des bancs.
Tout le monde a son lit. Un vaguemestre assure la distribution du courrier deux fois par semaine : il ne ménage pas sa peine sur les routes défoncées entre Orléansville, La Ferme et Pontéba.

Les enfants sont déjà à l'école où un vieil instituteur leur fait la classe.
La construction se poursuit : le fossé d'enceinte est terminé en avril, une voie reliant le village à la route de Miliana est entreprise.
Des maisons se construisent : celle du directeur de la colonie (le capitaine Besse), la forge, la boulangerie, et cinq maisons doubles au mois de mai 1849, 16 maisons doubles et 6 maisons simples en juin, la maison de secours et le presbytère.

Mais une vague de chaleur est là ! Les récoltes souffrent beaucoup. Au mois de juin, on enregistre une température de 48 degrés centigrades ! La santé des colons est mise à rude épreuve. Rien d'inquiétant fort heureusement... embarras gastriques, lassitude générale due à la chaleur, quelques ophtalmies et conjonctivites douloureuses, de coliques et de diarrhées, dues en particulier à la mauvaise habitude de trop boire et au manque d'hygiène alimentaire... quelques accès de fièvre.

En outre, quelques colons se découragent et songent à repartir. Deux petits enfants sont morts, "emportés à l'apparition du Sirocco" (vent du désert). "Nous avons de plus un triste accident à déplorer : un colon est allé se baigner après son repas et s'est noyé..."
La pharmacie de Pontéba manque de tout, et l'infirmier est toujours installé dans une baraque aux planches mal jointes et insalubre. Les malades graves sont évacués sur l'hôpital militaire d'Orléansville, au moyen d'une carriole de l'armée.

En juillet 1859, le capitaine Besse note que pour 20 familles la réussite est malgré tout à peu près assurée, pour 43 familles elle est possible, pour 21 difficile. Il mentionne également cinq récalcitrants notoires, mais personne physiquement incapable, d'évincé ou parti volontairement.

La terrible vague de chaleur de l'été va précipiter les choses : il ne reste plus que 248 habitants à Pontéba en septembre 1849 !
La chaleur a été accablante, les cultures (fourrage, céréales et tabac) ont grillé sur pied, l'eau a manqué (il n'y a qu'un puits, profond de seize mètres pour toute la population). On compte des décès et des départs.
L'échec est général dans presque toutes les colonies agricoles (une quarantaine à cette époque). Outre la sécheresse, le manque de savoir-faire de ces parisiens qui n'ont pour la plupart jamais cultivé la terre auparavant, se fait sentir.

A Pontéba, parmi les familles qui réussissent : les Naudin.
Louis André NAUDIN avait été longtemps cultivateur, prodigue ses conseils et fait de son jardin et de sa parcelle de 7 hectares l'une des moins désolées. Néanmoins, tous ses espoirs de récolte se reportent à présent sur l'année suivante.
L'année 1850 sera épouvantable : le blé sèche sur pied, les départs se succèdent, la malaria fait des ravages. Les colons les plus solides résistent.
Les pluies des mois d'octobre et de novembre réconfortent les colons.
Il ne reste plus à Pontaba que 188 habitants et 68 concessionnaires.

1851 est une année moins mauvaise. Le matériel agricole se complète, les constructions s'améliorent. Quelques marchands de vin, un épicier et un boucher vivotent, mais le manque d'argent empêche les industries de se former, parmi une population qui n'a aucune ressource pécuniaire. En outre, une invasion de sauterelles détruit de nombreuses cultures.
En octobre 1851, la construction de deux "norias" qui serviront à l'arrosage des jardins, est entreprise. La récolte de fourrage de 1852 est correcte, et permet aux colons de rembourser les dettes qu'ils n'avaient cessé de contracter depuis trois ans.

De nombreuses basses-cours sont bien peuplées, les volailles et les chèvres y abondent, quelques vaches et quantité de cochons qu'on engraisse pour mettre dans le saloir.

Mais il n'y a pas de moulin, et il faut aller à Miliana pour faire moudre le grain. Les colons sont obligés de faire une centaine de kilomètres avec les voitures à chevaux.
Les habitations sont bien entretenues; presque tous les colons y ont ajouté des écuries en maçonnerie, des hangars aux étables "de sorte qu'aujourd'hui ils sont à peu près installés quant à leurs ressources et à l'exploitation de leurs concessions."(décembre 1851)

Septembre 1852 : sur les 1.000 hectares fixés à l'origine comme devant être mis en valeur, 958 sont effectivement travaillés, plantés de vignes ou d'arbres; 268 hectares sont plantés de blé dur, 134 d'orge, 235 en fourrage. Le cheptel se multiplie. Le village compte une cinquantaine de maisons.

Fin 1852, l'armée se retire, confiant l'administration du village à l'autorité civile. Le premier Maire, Pierre PAULET, un "quarante-huitard" tenace qui a réussit, représente Pontéba au conseil municipal d'Orléansville présidé par Ferdinand DUBOC, le commissaire civil.

L'administration civile dresse, le 6 février 1853, un "état nominatif des colons ayant droit à des titres de propriété".
Louis André NAUDIN, avec ses 10 hectares de terres (il a acheté 3 hectares supplémentaires à un colon découragé) fait partie des prétendants sérieux.
Ses fils participent à l'entreprise. La fille aînée s'est mariée à Orléansville avec un débitant de vins.

En 1855, Louis André NAUDIN reçoit un petit lot de terre pour compléter une parcelle déjà plantée en vigne sur les côteaux de Pontéba. Vers 1860, sur la partie du lot formant plaine, le colon creusera un puits et construira une grande maison.
A son petit-fils, il demandera de mettre une bouteille de vin entre les pierres des fondations pour "porter chance.

En novembre 1867, Louis André NAUDIN apprenait la naissance d'un autre petit-fils. Deux jours plus tard, le Garde-champêtre le trouvait allongé dans son champ, le corps lacéré de 17 coups de couteaux, son chien blessé gisant à ses pieds et hurlant à la mort.

Le ou les coupables ne furent jamais retrouvés, et les preuves manquent pour trancher entre la thèse du lâche assassinat, de la jalousie ou de la vengeance.

(d'après Historia Spécial n° 486/H.S/RD, juin 1987 - Carte : Wikipedia)

(*)le 9ème convoi part de Paris le 09/11/1848, arrive à Marseille le 23 ou le 24/11. Le 25/11/1848, on embarque sur la corvette à vapeur "L'Albatros" qui arrivera le 01/12/1848 à Tenès. 831 personnes y participent.
Les colonies à peupler sont Montenotte, Pontéba et La Ferme.
A noter que la corvette "L'Albatros" n'a pu, à son arrivée, débarquer ses passagers; elle a donc rejoint Alger en pleine tempête, et est venue à Tenès par mer moins forte.