Les géomètres arpenteurs en Algérie, et l'histoire de Pierre Paul SCHMITT.
L'Algérie "conquise" en 1830, il fallait l'équiper, créer des structures, des villages, des routes etc.. et aussi entreprendre des opérations d'arpentage des terres.
En 1860, le Ministre secrétaire d'état au département de l'Algérie et des Colonies, le comte P. de Chasseloup-Laubat, édite un arrêté relatif à la réorganisation du service des opérations topographiques en Algérie, et à la création de géomètres-élèves, afin de créer un corps de cette profession.
Dans ce cadre, en 1864, un nommé Pierre Paul SCHMITT, veut quitter l'Alsace pour travailler en Algérie, et postule pour cette formation.
Des documents le concernant, aux ADHR de Colmar nous permettent de suivre les péripéties de sa demande.
Correspondance concernant la demande de Pierre Paul SCHMITT :
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Lettre du 01/08/1864 au Préfet du Haut-Rhin :
du sieur
SCHMITT Pierre Paul.
"Monsieur le Préfet,
SCHMITT Pierre Paul, géomètre arpenteur, ancien sous-officier d'artillerie, agent voyer démissionnaire et s'occupant exclusivement d'arpentage depuis le 1er janvier dernier, étant sans emploi depuis le dit jour, à cause de l'achèvement des travaux de construction du chemin de fer de Thann à Wesserling, où il était employé aux travaux d'études et à la surveillance des travaux d'art, prend la respectueuse liberté de vous adresser la présente pour vous prier de bien vouloir lui faire décerner un emploi de géomètre en Algérie.
"Ayant déjà habité ce pays comme militaire en 1842, 1843 et 1844 où il a constamment été en expédition sans avoir été atteint de la moindre maladie, ce dont vous pourrez vous convaincre par les états de service ci-joints, l'exposant se croit à même de rendre de bons services à l'administration.
"Quant à son instruction théorique et pratique, Monsieur l'agent voyer en chef du département, sous les ordres duquel il a servi pendant six années comme agent voyer cantonal, pourra vous certifier qu'elle est plus que suffisante pour toute espèce de travaux auxquels l'emploi sollicité pourrait donner lieu.
"Espérant de votre bonté, Monsieur le Préfet, que vous daignerez donner suite à la demande qu'un ancien sous-officier qui compté déjà plus de 15 années de services civils et militaires a l'honneur de vous adresser,
"L'exposant ose se nommer, avec le plus profond respect, Monsieur le Préfet, votre très humble et très obéissant serviteur.
"Signé : Schmitt, ancien employé du chemin de fer."
Saint-Amarin le 1er août 1864 - Haut-Rhin.
- [u]Lettre du 21/02/1865, du Gouvernement général de l'Algérie au Préfet du Haut-Rhin :[/]
"Gouvernement général de l'Algérie - Secrétariat général - 2ème bureau - N° 968 - Service topographique - Avis d'admission au concours.
Alger, le 21 février 1865.
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous informer que, sur le vû des certificats que vous m'avez transmis le 11 février courant, j'ai admis Monsieur SCHMITT, demeurant à Saint-Amarin, à se présenter au concours qui aura lieu le 1er mars prochain dans votre département.
Je vous prie de vouloir bien faire connaître, en temps utile, à ce candidat, l'heure et le lieu des séances de la commission d'examen.
Vous trouverez, ci-joint un exemplaire du plan modèle dont la copie est exigée de tous les concurrents par ma circulaire du 20 Xbre 1864.
Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Maréchal de France, Gouverneur général de l'Algérie. Par son ordre, le général de division, sous-gouverneur. Signé : illisible."
En marge :
"Un dossier et un plan." (souligné)
Plus bas :
"Le 27 février 65, adressé une note au maire de Saint-Amarin, pour le prier d'inviter le sieur SCHMITT à se présenter à la Préfecture le 1er mars à 10 heures du matin."
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Brouillon de lettre, du 08/03/1865, du Ministre de la Guerre à Son Excellence le Maréchal de France, Gouverneur de l'Algérie :
"Secrétariat général - 2ème bureau - N° 661 - Colonisation et topographie.
Résultat de l'examen des aspirants à l'emploi d'élève géomètre en Algérie.
Le sieur SCHMITT Pierre Paul que Votre Excellence a admis, par sa décision du 21 février dernier, à concourir pour l'emploi d'élève géomètre en Algérie, s'est présenté le 5 du courant devant la commission d'examen composée de Mr Lefebvre, conseiller de Préfecture, de Mr SCHOELL, agent-voyer directeur des chemins vicinaux, et Mr Chapelle, professeur de mathématiques au lycée de Colmar, désigné à cet effet par Mr le Recteur de l'Académie.
J'ai l'honneur de faire parvenir à Votre Excellence :
1° une dictée avec un tableau d'écriture et de chiffres, fournis par le candidat,
2° sa copie du plan qui se trouvait annexé à la lettre ministérielle du 21 février,
3° le procès-verbal de la commission d'examen.
J'ai joint à ces documents les pièces que le candidat a produites à l'appui de sa demande.
Le résultat de cet examen est assez favorable et je pense que les services antérieurs du candidat et la connaissance qu'il a du pays, sont des titres à invoquer en sa faveur.
Je dois ajouter que Mr SCHMITT possède peu de ressources."
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Lettre du 18/04/1865, du Gouverneur général de l'Algérie au Préfet du Haut-Rhin :
"Gouvernement général de l'Algérie - Secrétariat général - 2ème bureau - N° 1170.
Avis de nomination du sieur SCHMITT comme élève-géomètre.
Alger, le 18 avril 1865,
Monsieur le Préfet,
J'ai l'honneur de vous informer que, d'après le classement par ordre de mérite, des candidats reconnus admissibles à l'emploi d'élève géomètre en Algérie, à la suite du concours général du 1er mars dernier, lequel concurrent, le sieur SCHMITT, examiné par la commission de votre département a obtenu le N° 30 sur 46.
Le nombre de vacances existant dans le service topographique de l'Algérie permettant d'utiliser immédiatement Mr SCHMITT, ce jeune homme vient d'être désigné pour service dans le département d'Alger.
La commission destinée à cet élève-géomètre lui sera sous peu de jours adressée directement.
Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Le Maréchal de France, Gouverneur général de l'Algérie. Par son ordre, le général de division, sous-gouverneur. Signé : Hermann."
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Brouillon de lettre, du 27/04/1865, du Préfet du Haut-Rhin au Maire de Saint-Amarin - N° 1156 :
"1ère division - Algérie -Service topographique - Nomination du sieur SCHMITT comme élève-géomètre - 2ème bureau.
A Monsieur le Maire de Saint-Amarin.
Monsieur le Maire.
Son Excellence le Maréchal de France, Gouverneur général de l'Algérie, vient de me faire connaître que, d'après le classement par ordre de mérite, des candidats reconnus admissibles à l'emploi d'élève-géomètre en Algérie, à la suite du concours général du 1er mars, le sieur SCHMITT Pierre Paul a obtenu le N° 30 sur 46.
Le nombre des vacances qui existent dans le service topographique de l'Algérie permettant d'utiliser immédiatement le sieur SCHMITT, ce dernier a été désigné pour service dans le département d'Alger.
Veuillez l'en informer, en ajoutant que sa commission lui sera, sous peu de jours, adressée directement par Monsieur le Gouverneur général de l'Algérie.
......
Documents :
Deux documents, dont la transcription suit, nous informe du programme et des matières de ce concours, de la paye prévue et de diverses dispositions.
Document n° 1 :
Ministère de l'Algérie et des Colonies
1157
Direction de l'Administration de l'Algérie
2ème bureau
Colonisation - Mines - Forêts
PROGRAMME
Des conditions d'admission des candidats aux emplois de géomètres-élèves dans le service des opérations topographiques en Algérie.
Arrêté du Ministre - Du 15 février 1860.
AU NOM DE L'EMPEREUR
Le Ministre secrétaire d'état au département de l'Algérie et des Colonies,
Vu la décision ministérielle du 31 août 1859, relative à la réorganisation du service des opérations topographiques en Algérie et à la création de géomètres-élèves.
ARRETE :
- Art. 1er. Les géomètres-élèves du service des opérations topographiques sont recrutés en France et en Algérie. Nul ne peut être nommé gémètre-élève s'il n'est né ou naturalisé Français, s'il est âgé de moins de dix-sept ans ou de plus de vingt-cinq ans, et s'il ne satisfait aux conditions du programme ci-après :
1° Ecriture courante et très lisible.
2° Principes de la langue française. (Les candidats mettront au net une dictée destinée à donner un spécimen de leur écriture et à constater qu'ils savent suffisamment l'orthographe).
3° Arithmétique. Numérotation décimale; les quatre règles fondamentales; preuves de ces opérations; nombres décimaux; fractions; extraction des racines carrées; système légal des poids et mesures; règles de trois simples ou composées; proportions et progressions.
4° Logarithmes. Définition des logarithmes et usage des tables.
5° Algèbre. Addition et soustraction des polynômes; multiplication et division des monômes et des polynômes; équations du premier degré à une ou plusieurs inconnues.
6° Géométrie. Préliminaires; égalité des triangles; droites perpendiculaires, obliques, parallèles; parallélogrammes; lignes proportionnelles; triangles semblables. Mesure des angles; contact et intersection des cercles; tangentes et sécantes du cercle; polygones inscrits et circonscrits au cercle; aires des polygones du cercle.
7° Trigonométrie rectiligne. Lignes trigonométriques; relations entre les lignes trigonométriques d'un arc; principales formules trigonométriques. Usage des tables de sinus; relations entre les côtés et les angles des triangles; résolution des triangles.
8° Dessin graphique et lavis. (les candidats fourniront un spécimen).
9° Notions sur les levées de plans et l'usage des instruments.
- Art. 2. Les aspirants à l'emploi de géomètre-élève sont examinés au chef-lieu de chaque département par des commissions dont la composition est fixée ainsi qu'il suit :
1° En France, savoir :
A Paris, le chef du bureau de la colonisation au ministère de l'Algérie et des Colonies (président); le vérificateur spécial du service des opérations topographiques et un professeur de mathématiques élémentaires;
Au chef-lieu des autres départements, un conseiller de préfecture (président), l'agent-voyer en chef du département et un professeur de mathématiques.
2° En Algérie : un conseiller de préfecture (président), le chef du service des opérations topographiques et un professeur de mathématiques.
- Art. 3. Les résultats de l'examen des candidats sont transmis au ministre avec le procès-verbal de la commission.
- Art. 4. Toute demande d'emploi de géomètre-élève est adressée au ministre, accompagnée de l'acte de naissance du demandeur et d'attestations émanées d'autorités compétentes, constatant qu'il est de bonne moralité et doué d'une bonne constitution.
- Art. 5. Les concurrents qui ont satisfait aux conditions du programme ci-dessus sont agrées par le ministre, dans la mesure des besoins du service, et il leur est délivré une commission.
- Art. 6. Les géomètres-élèves sont assujettis d'abord, dans les bureaux de l'inspecteur, chef de service des opérations topographiques, à un stage qui ne peut excéder six mois, à compter du jour de leur entrée en fonctions. Pendant ce stage, destiné à les former aux travaux de cabinet et à les familiariser avec les plans, les travaux qu'ils exécutent leur sont payés conformément aux tarifs en vigueur.
- Art. 7. A la sortie des bureaux de l'inspecteur chef de service, les géométres-élèves sont placés, sur la désignation de cet agent supérieur, sous les ordres de géomètres-arpenteurs chargés de les former à la pratique des travaux.
La rétribution proportionnelle des travaux exécutés sur le terrain par les géomètres-élèves est attribuée, par égales proportions, à ces agents et aux géomètres titulaires, qui demeurent responsables de la bonne exécution desdits travaux.
La dépense est ordonnancée au nom des géomètres titulaires.
- Art. 8. Chaque trimestre, les géomètres-arpenteurs rendent compte à l'inspecteur chef de service de la conduite et des travaux des géomètres-élèves placés sous leur direction.
- Art. 9. Chaque année, l'aptitude pratique des géomètres-élèves est constatée par un vérificateur, délégué à cet effet par le chef de service : lorsque leur aptitude pratique est reconnue suffisante, ils sont déclarés admissibles dans le cadré règlementaire par le ministre, sur l'avis du chef de service et le rapport du préfet; ils sont ensuite titularisés au fur et à mesure des vacances.
Si, après un stage de trois ans, ils ne sont pas reconnus admissibles, leur licenciement est prononcé par le ministre.
- Art. 10. Les préfets de l'Algérie sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
Paris, le 15 février 1860.
Signé : Cte P. DE CHASSELOUP-LAUBAT.
(Imprimerie Impériale - Mars 1860)
Suite à cet arrêté, le ministre envoie aux préfets une circulaire d'instructions et de modalités :
Document n° 2:
[i]Ministère de l'Algérie et des Colonies
1222
Direction de l'administration de l'Algérie
2ème bureau
Colonisation - Mines - Forêts
Instruction pour l'examen des candidats à l'emploi de géomètre-élève en Algérie.
Paris le 18 avril 1860.[/i]
A Monsieur le Préfet du Département d [i/]
"Monsieur le Préfet,
Le personnel de la topographie parcellaire, en Algérie, s'est recruté jusqu'ici parmi les anciens géomètres du cadastre de France; mais cette pépinière d'agents éprouvés s'épuise tous les jours, et ne suffit plus aux besoins d'un service qui va toujours croissant avec le développement de la colonisation.
J'ai dû chercher ailleurs des élements de recrutement, et, par arrêté du 31 août 1859, j'ai institué un corps d'élèves topographes, au traitement annuel de 600 francs, destiné à fournir à l'Algérie des géomètres jeunes, instruits et au courant des divers travaux topographiques.
Les conditions d'admission à ces emplois sont réglementés par mon arrêté du 15 février dernier, dont je vous adresse ci-joint quatre exemplaires, et j'ai fixé l'ouverture des examens exigés des postulants au 29 mai prochain, pour tous les départements de l'Empire. Je vous prie, Monsieur le Préfet, de publier cette décision et d'assurer, en temps utile, l'organisation et le fonctionnement de la commission à instituer auprès de vous.
Vous me ferez parvenir, accompagnés des pièces exigées par l'article 4 de mon arrêté précité, toutes les demandes qui vous auront été faites directement, et je vous adresserai, avant l'époque fixée, la liste des candidats à admettre au concours.
Ce concours comprendra des compositions écrites et un examen oral. Tous les candidats effectueront simultanément les compositions écrites qui comprendront :
1° un tableau d'écritures et de chiffres;
2° une dictée de 30 lignes, contenant 250 mots;
3° la copie d'un plan de 300 hectares en 40 parcelles, au 4.000ème, avec liserés, écritures, titre, échelle et boussole.
Les écritures intérieures seront en romaine droite ou penchée, celles extérieures en ronde ou bâtarde, et le titre du plan en moulée et anglaise.
Ces épreuves seront jointes au procès-verbal de la commission.
Chaque candidat sera admis séparément à l'examen oral dans l'ordre fixé par un tirage au sort. Cet examen portera successivement sur les matières suivantes, savoir :
1° Arithmétique;
2° Logarithmes;
3° Algèbre;
4° Géométrie;
5° Trigonométrie;
6° Notions sur les levés de plans et l'usage des instruments;
7° Connaissances diverses : langues étrangères; éducation; manière de s'exprimer; tenue, etc. etc.
Les appréciations de la commission seront constatées, par branche de connaissances et pour chaque candidat, par l'attribution d'un certain nombre de points, qui variera de 1 à 20, suivant la gradation suivante :
Mal....................0, 1, 2, 3 points
Médiocre............ 4, 5, 6,
Passable............ 7, 8, 9,
Assez bien.......... 10, 11, 12,
Bien................... 13, 14, 15,
Très bien............ 16, 17, 18,
Parfait................ 19, 20.
Dans la composition d'orthographe, les fautes seront ainsi supputées :
Chaque faute de syntaxe comptera pour..........2,
Chaque faute d'orthographe de mot................ 1,
Chaque faute d'accent................................... 1/3,
Chaque faute de ponctuation et de majuscule.. 1/4.
Le nombre de points accordés pour chaque partie du programme sera multiplié par le coefficient déterminé au tableau ci-après, qui servira de modèle à la commission.
Vient ici un tableau, en huit colonnes : numéro de tirage - Noms des candidats - Objet de l'examen - Coefficients - Nombre de points de 1 à 20 - Produits partiels - Total des points - Notes de la commission.
On précise ensuite les coefficients a appliquer :
Composition écrite :
1° tableau d'écriture et de chiffre, coefficient 6
2° Orthographe, coefficient 6
3° Dessin graphique, coefficient 6
Examen oral :
4° Arithmétique, coefficient 8
5° Logarithmes, coefficient 5
6° Algèbre, coefficient 5
7° Géométrie, coefficient 8
8° Trigonométrie, coefficient 5
9° Notions sur les levés, etc., coefficient 5
10° Connaissances diverses, coefficient 6
Total ......
Chaque candidat est susceptible de recevoir, au maximum, 1.200 points pour l'ensemble des matières du programme.
Je fixe à 500 le minimum des points requis, pour que l'admissibilité soit prononcée.
Je ne crois pas devoir limiter les travaux de la commission; mais je pense, Monsieur le Préfet, que vous serez en mesure de m'adresser son procès-verbal, avec votre avis personnel, le 25 juin prochain au plus tard.
Recevez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération très distinguée.
Le Ministre Secrétaire d'Etat de l'Algérie et des Colonies,
Cte P. DE CHASSELOUP-LAUBAT.
(ADHR Colmar - 6 M 360)