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emigrationalgerie
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Correspondance, documents d'archives sur l'émigration allemande et alsacienne en Algérie. Articles.
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11.06.2008
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GOTTENHOUSE

Publié le 09/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
GOTTENHOUSE
GOTTENHOUSE

Aux ADBR, quatre documents nous parlent de Joseph KÜHL :

- Demande de renseignements du 26/11/1851, du Ministre au Préfet, pour :
KÜHL Joseph, maçon, demeurant à Gottenhausen, qui a adressé une demande le 15 novembre dernier. Il veut savoir s'il est de bonne moralité et s'il a du travail assuré dans la colonie.
Transmis au sous-Préfet de Saverne le 29 novembre dernier, avec avis favorable.

- Certificat du 09/12/1851, du Maire, concernant :
KÜHL Joseph, cultivateur et maçon, 40 ans
GUTH Véronique, sa femme, 36 ans
KÜHL Catherine, sa fille, 12 ans
KÜHL Thérèse, sa fille, 10 ans
KÜHL Louis, son fils, 8 ans
KÜHL Marie-Anne, sa fille, 6 ans
KÜHL Madeleine, sa fille, 2 ans,
"..et qu'il a toujours tenu une bonne conduite dans notre commune et qu'il m'a en outre déclaré qu'il aura une somme de douze cent francs de reste, lors de son arrivée en Afrique."

- Lettre du 17/12/1851, du Préfet au Ministre de la Guerre :
Transmettant la demande de KÜHL Joseph, maçon, 40 ans, avec renseignements et avis favorables.
Il ajoute : "Il est marié et a 5 enfants dont 4 filles âgées de 12, 10, 6 et 2 ans, et un garçon de 8 ans."

- Bordereau d'envoi du 22/12/1851, du Ministre au Préfet :
Qui transmet l'autorisation de passage gratuit en Algérie pour KÜHL Joseph et sa famille.

nb : L'Administration demandait aux colons agricoles de vendre leurs possessions en métropole, et de posséder une certaine somme d'argent, qui oscilla autour de 1.000 francs, somme importante.
En effet, si des concessions de terrains étaient accordées (durant un laps de temps, même une petite maison), ils devaient pourvoir subvenir à leurs besoins en attendant de défricher, semer et obtenir une première récolte conséquente.
Certains emmenaient leurs instruments aratoires.
Beaucoup au début menaient une vie de misère et de privations. Il fallait du courage pour rester, et certains n'y réussirent pas, regagnant les villes pour y végéter, et jusqu'à parfois repartir en France.



BENFELD

Publié le 09/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
BENFELD
BENFELD

Deux décès concernant des ressortissants de Benfeld. Le second est un militaire :

- 12/10/1849 : Décès à Blidah (Algérie) de ROHRER Georges, 30 ans, demeurant à Blidah. Né à Benfeld. Fils de Simon et de Jeanne DIETZ.
Pas d'autres renseignements sur cette personne.

- 14/11/1849 : Hôpital militaire de Bougie (Algérie). Extrait mortuaire militaire. Décès de SALINS Joseph Ange, caporal à la 9ème compagnie du 3ème bataillon d'infanterie légère d'Afrique, matricule 9334. Né le 07/05/1821 à Benfeld (28 ans). Fils de Joseph Louis et de Louise Antoinette POUVERNE (?). Entré à l'hôpital le 24/08/1849 et décédé le 14 novembre de dysenterie chronique.
Pas d'autres renseignements sur cette personne.

Les convois de 1848.

Publié le 08/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
Les convois de 1848.

Tous ces émigrants partent de Paris pour Marseille, port d'embarquement.
Les bateaux qui assurent la traversée sont des corvettes à vapeur.
Voici les 16 convois partis en deux mois à destination de l'Algérie :

N°1
Départ Paris : 08/10/1848
Arrivée Marseille : 21/10/1848
Départ Marseille : 22/10/1848
Corvette : "L'Albatros"
Arrivée Arzew 27/10/1848
Colonies peuplées : Saint-Cloud
843 personnes.

N°2
Départ Paris : 15/10/1848
Arrivée Marseille : 29/10/1848
Départ Marseille : 30/10/1848
Corvette : "Le Cacique"
Arrivée Arzew 02/11/1848
Colonies peuplées : Saint-Cloud
850 personnes.

N°3
Départ Paris : 19/10/1848
Arrivée Marseille : 02/11/1848
Départ Marseille : ?
Corvette : "Le Magellan"
Arrivée Mostaganem 06/11/1848
Colonies peuplées : Rivoli
822 personnes (dont 63 de moins de 2 ans).

N° 4
Départ Paris : 22/10/1848
Arrivée Marseille : 04/11/1848
Départ Marseille : ?
Corvette : "Le Montezuma"
Arrivée Alger : 09/11/1848
Colonies peuplées : Bl. Affroun - Castiglione - Tefeschoum - Bou Haroun
843 personnes.

N°5
Départ Paris : 26/10/1848
Arrivée Marseille : 09/11/1848
Départ Marseille : ?
Corvette : "L'Albatros"
Arrivée Stora : 13/11/1848
Colonies peuplées : Robertville - Gastonville
823 personnes.

N° 6
Départ Paris : 19/10/1848
Arrivée Marseille : 11/11/1848
Départ Marseille : 15/11/1848
Corvette : "Le Cacique"
Arrivée Mers-el-Kébir 18/11/1848
Colonies peuplées : Fleurus
835 personnes.

N° 7
Départ Paris : 02/11/1848
Arrivée Marseille : 17/11/1848
Départ Marseille : 20/11/1848
Corvette : "Le Labrador"
Arrivée Mers-el-Kébir le ?
Colonies peuplées : Saint-Louis
810 personnes (dont 22 de moins de 2 ans).

N° 8
Départ Paris : 05/11/1848
Arrivée Marseille : 19/11/1848
Départ Marseille : 21/11/1848
Corvette : "Le Christophe Colomb"
Arrivée Alger : 25/11/1848
Colonies peuplées : Damiette - Lodi
853 personnes (dont 59 de moins de 2 ans).

N° 9
Départ Paris : 09/11/1848
Arrivée Marseille : ?
Départ Marseille : 25/11/1848
Corvette : "L'Albatros"
Arrivée Ténès 01/12/1848
Colonies peuplées : Montenotte - Pontéba - La Ferme
831 personnes.
La corvette "L'Albatros" n'a pu, à son arrivée, débarquer ses passagers; elle a donc rejoint Alger en pleine tempête, et est venus à Ténès par mer moins forte.

N° 10
Départ Paris : 12/11/1848
Arrivée à Marseille : 26/11/1848
Départ Marseille : 28/11/1848
Corvette : "Le Cacique"
Arrivée Stora 30/11/1848
Colonies peuplées : Jemmapes
835 personnes.

N° 11
Départ Paris : 16/11/1848
Arrivée Marseille : 03/12/1848
Départ Marseille : 04/12/1848
Corvette : "Le Labrador"
Arrivée Bône 08/12/1848
Colonies peuplées : Mondovi
829 personnes.

N° 12
Départ Paris : 19/11/1848
Arrivée Marseille : 03/12/1848
Départ Marseille : 06/12/1848
Corvette : "Le cacique"
Arrivée Cherchell 08/12/1848
Colonies peuplées : Marengo - Novi
807 personnes.

N° 13
Départ Paris : 23/11/1848
Arrivée Marseille : 06/12/1848
Départ Marseille : 09/12/1848
Corvette : "L'Albatros"
Arrivée Cherchell 11/12/1848
Colonies peuplées : Zurich - Argonne
808 personnes.

N° 14
Départ Paris : 26/11/1848
Arrivée Marseille : 13/12/1848
Départ Marseille : 14/12/1848
Corvette : "L'Orénoque"
Arrivée Stora ?
Colonies peuplées : Héliopolis
870 personnes.

N° 15
Départ Paris : 30/11/1848
Arrivée Marseille : 16/12/1848
Départ Marseille : 17/12/1848
Corvette : "Le Cacique"
Arrivée Mostaganem ?
Colonies peuplées : Aboukir
865 personnes (dont 40 de moins de 2 ans).

N° 16
Départ Paris : 10/12/1848
Arrivée Marseille : ?
Départ Marseille : ?
Corvette : "Le Montézuma"
Arrivée Bône 30/12/1848
Colonies peuplées : Millesimo
839 personnes.
Une petite partie de ces colons a été ensuite répartie sur les autres colonies agricoles pour compléter les effectifs, en fonction du nombre de lots dont la création était jugée possible.

Soit plus de 13.000 personnes... en deux mois !

Un 17ème convoi est parti pour l'Algérie, début 1849 :

N° 17
Départ Paris : 18/03/1849
Arrivée Marseille : 28/03/1849
Départ Marseille : 29/03/1849
Corvette : "L'Infernale"
Arrivée Bône 31/03/1849
Colonies peuplées: Héliopolis
540 personnes
Ce convoi, lui aussi, a servi en partie à boucher les trous déjà nombreux (décès, abandons). De plus, il comptait un certain nombre de Lyonnais (207) pris au passage.





L'émigration Espagnole.

Publié le 08/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
L'émigration Espagnole.

Les Espagnols partent nombreux pour l'Algérie, posant des problèmes au gouvernement.
Certains s'inquiètent :

"L'émigration pour l'Algérie dans la province d'Alicante présente un spectacle qui déchire le coeur. D'après les données du Consul d'Espagne à Alger, il y a six ans, le nombre des Espagnols qui résidait dans cette colonie était de 80.000, il s'élève aujourd'hui à 100.000, et les ports d'Alicante et Valence se disposent à envoyer cette année 15 ou 20.000 émigrants s'ils trouvent à s'embarquer.

"Cette affaire est bien digne d'appeler l'attention de notre gouvernement qui a le tort de ne pas s'arrêter à des choses aussi graves. Nous avons en Espagne beaucoup de terrains incultes; il y a des provinces où, sur une très grande étendue de pays, on ne trouve pas un seul village, et cependant on n'adopte pas les moyens indirects qui pourraient arrêter l'émigration.

Cela nous semble avoir une importance plus grande que la majeure partie des questions politiques qui préoccupent l'attention."

(Article paru dans La Epoca, avril 1865.)

Engagement d'un colon.

Publié le 08/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
Engagement d'un colon.

Jean-Baptiste ROUSSEL, colon à Orléansville, obtient, selon le procès-verbal de mise en possession (1er avril 1857), "un terrain situé à l'ancienne smala des Spahis, portant le n° 11 du plan de lotissement (d'une superficie de l'ordre de 10 hectares). Ce terrain est de nature de terre labourable, inculte, le sol est couvert par quelques jujubiers et des buissons épineux, il n'existe dessus ni construction ni plantation".

Le colon s'engage "à construire une maison d'habitation et clore par des haies vives ou des fossés la parcelle dont il sollicite la concession dans le courant de la présente année 1856, à planter 250 arbres (25 arbres fruitiers ou forestiers de haute tige par hectare), planter un tiers par année à partir de ce jour; défricher entièrement le terrain et arracher les jujubiers et autres épines s'y trouvant et mettre en culture la totalité des terrains concédés dans un délai de trois ans à partir du jour de la mise en possession".

(Archives Nationales d'outre-mer à Aix-en-Provence. La série M répertorie les attributions de concessions dans tous les centres créés en Algérie.)

L'Almanach du laboureur "algérien".

Publié le 08/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
L'Almanach du laboureur "algérien"

1848.....

Des ouvriers parisiens s'installent en Algérie. Les maisons ne sont pas construites, le sol est en friche, le climat difficile. L'armée vient en aide au colon, c'est la vie de caserne à la campagne.
Le gouvernement, conscient que ces citadins ne sont pas habitués au travail de la terre, édite à leur intention "l'Almanach du laboureur algérien".
Mois par mois, le colon reçoit des directives :

- En janvier : Travaille à tes plantations.

- En février : Ferme ton jardin par une haie de cactus, imite en cela les arabes, tu t'en trouveras bien.

- En mars : Plante ton tabac dès que ton semis aura huit feuilles.

- En avril : Surveille ta jument et ta vache; si elles sont en humeur, fais-les couvrir de suite.

- En mai : Voici venir la pénible saison des foins et des moissons.

- En juin : Soigne bien tes fossés d'arrosage, ne laisse rien perdre de ton eau, dans cette saison, c'est de l'argent.

- En juillet : Emmeule ta paille.

- En août : Le gouvernement met en garde contre les fièvres et donne quelques conseils d'hygiène.

- En septembre : Prépare des abris pour un porc, des poules, des lapins, des pigeons... C'est surtout en Algérie que... le laboureur doit avoir chaque dimanche sa poule au pot.

- En octobre : Presse tes boeufs, active tes labours, voici bientôt le moment des semailles.

- En novembre : L'époque des plantations commence.

- En décembre : Plante tes arbres... le figuier est de tous les arbres à fruits celui que tu dois multiplier le plus.

De bons conseils, donc, pour ces apprentis cultivateurs, venus de la région parisienne, et dont beaucoup renoncèrent et rentrèrent en Métropole.

Le colon Ostertag.

Publié le 08/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
L'histoire du colon Ostertag.

Jean OSTERTAG est né vers 1820 à Drusenheim (Bas-Rhin).
Il part en 1842 pour effectuer ses 7 ans de service militaire.
Pendant deux ans, il est à Provins, affecté au 3ème Cuirassiers.

- Août 1844 : muté en Algérie, au 3ème Chasseurs d'Afrique, à Constantine. Expéditions dans les Aurès, en Kabylie..., bivouacs, manoeuvres, razzias de tribus, harcèlement de Bou Maza. Il manque d'avoir les pieds gelés lors de la désastreuse expédition du Bou Thaleb, dans les montagnes de Kabylie.

- Noël 1847 : nommé Cavalier de 1ère classe.

- 1849 : démobilisé, il retourne en Alsace dans sa famille. Deux ans de vie rurale...

- Avril 1851 : reprend du service au 3ème Cuirassiers, à Lyon.

- Août 1852 : muté au 4ème Chasseurs d'Afrique. Il se retrouve à Mostaganem. Accrochages vers Mascara et Orléansville. Un escadron du régiment participe à la prise de Laghouat.

- Mai 1853 : patrouilles dans la vallée du Chélif... En cours de route, il est incorporé au 1er Spahis, à Médéa.

- Juin 1856 : il épouse à Médéa Louise ROQUES, fille d'un Auvergnat, vétéran de l'armée d'Afrique. Elle est née en 1835 à Mostaganem, alors que son père servait dans la garnison.
Devenu brigadier en retraite, le père avait installé une forge sur la route de Blida, en face de l'auberge du Nador, près de l'oued Athali.
15 ans les séparent, mais cela ne semble pas être pour eux un inconvénient majeur. Deux petites filles naissent dans les années suivantes.

- 1859 : il est envoyé au 6ème escadron, à Laghouat, oasis située à 300 kilomètres au sud. Vie pénible... maladies... Les petites filles meurent en bas-âge.

- 1861 : naît un fils : Henri.

- 1862 : affecté au 3ème escadron, à la smala de Berrouaghia, pays plus salubre, à environ 30 kilomètres de Médéa. Depuis longtemps maréchal en pied au 1er Spahis, Jean maîtrise tout à fait le travail de la forge. Un peu d'agriculture sur les terres de la smala.
Il achète les 7 hectares et le lot à bâtir d'un colon découragé, commence à construire une forge privée et plante des pommes de terre (qui lui vaudront une prime à la Foire agricole d'Alger en 1864 !)

- 1869 : retraite, après 25 ans de service, durant lesquels il est resté Cavalier de 1ère classe. Il reçoit la Médaille Militaire et se consacre totalement à sa forge et à ses enfants nés à Berrouaghia.
L'Alsace devient Prusienne, et les nouvelles venues de sa famille, à Drusenheim, ne sont pas des plus réjouissantes.
Il travaille dur à la forge... Il devient Conseiller municipal, puis Adjoint au Maire.

- 1876 : le village s'agrandit quand il est question de reprendre les terrains occupés par l'ancienne smala des Spahis, le régiment ayant été restructuré. Il y prend une part active.
Il fait une demande d'attribution qui traîne en longueur des années, à cause d'une sombre histoire de passe-droits.
Il avait dû mentionner, puisqu'il est Alsacien, et malgré sa longue carrière militaire, qu'il a "opté pour la nationalité française".
Il renouvelle sa demande d'attribution de terres.

- Juillet 1877 : un ingénieur topographe remet un rapport à la municipalité sur le partage du terrain en lots; le conseil municipal délibère, remet ses conclusions à l'Administration, et procède à la mise en possession début août. Jean obtient 7 hectares supplémentaires, mais il faudra de nouvelles démarches pour entériner cet état de fait.

- 1879 : sa jeune nièce, Marie OSTERTAG, fuit l'Alsace prusienne pour aller rejoindre son oncle à Berrouaghia. Un neuveu, Marc ADAM, fait de même.

- Mai 1879 : Jean demande à l'Administration un lot de terrain pour sa famille restée à Drusenheim, et désireuse de gagner l'Algérie. L'Administration n'accordera pas de suite favorable à cette requête.

- Avril 1880 : Marie OSTERTAG, la fugitive, se marie avec Henri OSTERTAG, fils du Spahis, son cousin.
Le fils succède au père à la forge. Il y a beaucoup de travail, et les "ouled Sterlag" (la famille Ostertag) comme l'appellent les arabes, gagnent durement mais correctement leur vie.

- Octobre 1881 : obtention du titre définitif de propriété pour les 7 hectares attribués 5 ans plus tôt.
L'ancien Spahis a maintenant plus de 60 ans.
Il décède en 1893, laissant sa famille à l'abri du besoin : ferrer les chevaux, réparer les instruments agricoles, forger les ferronneries était alors une affaire prospère. Même Marie venait parfois tirer le soufflet de forge pour accélérer la cadence de travail !

Tel fut l'itinéraire de cet Alsacien venu, comme bien d'autres jeunes gens sans ressources, effectuer 7 ans d'obligations militaires en Algérie, et tombé amoureux de cette terre....

(Article de Jean Aucouturier - Historia Spécial, N° 486/HS, juin 1987)

Deux lettres, de 1876 et 1879, concernant Jean OSTERTAG :

1-
Berrouaghia, 6 novembre 1876.

Monsieur l'Administrateur,

Dans la répartition des terres de la smala, devant avoir lieu incessamment, je crois qu'il est de mon devoir de vous dire que si un colon, habitant actuellement Berrouaghia, mérite d'obtenir une concession, c'est Mr OSTERTAG Jean.

Ces derniers temps il a fait une demande qui doit se trouver aux bureaux du Gouvernement.

Mr OSTERTAG est père de quatre enfants, un garçon et trois filles. Une de ces dernières est en bas-âge. Mr OSTERTAG est maréchal; mais en même temps qu'il dirige des ouvriers pour l'exercice de cette profession, il se livre aux travaux agricoles. Il est à ma connaissance qu'il cultive lui-même sept hectares de terres qu'il a achetées. Son aptitude aux travaux agricoles, l'actif dont il dispose lui permettent de faire valoir un lot de terres sans se trouver exposé à le mettre en vente par la suite.

J'ajouterai qu'il a été soldat pendant vingt cinq ans, retraité lors de sa libération, et obtenu ensuite la médaille militaire. Depuis cette époque, il se trouve à son atelier chaque jour, dès trois heures du matin. Voilà l'homme pour lequel je vous prie de vouloir bien vous intéresser.

Si j'ose appeler votre attention sur ce colon, c'est moins pour lui être utile que pour dévoiler au grand jour ses mérites personnels.
La preuve qu'il est bon cultivateur, c'est qu'il a obtenu une prime de soixante francs en l'année 1864, pour des pommes de terre d'une rare beauté, présentées au concours d'Alger.

Veuillez agréer, Monsieur l'Administrateur, l'assurance de mon plus profond respect."

Le Maire.
J. Chatellard.

2-
Berrouaghia, 13 mai 1879.

Monsieur le Préfet,

C'est avec confiance que j'ose solliciter de votre bienveillance une faveur pour les membres de ma famille se trouvant en Alsace, soumis au régime si dur des Prussiens, en leur accordant soit un lot de ferme, n° 135, qui est disponible dans la commune en ce moment, ou le lot rural de Mr Ricôme, non présent sur les lieux, ou enfin un lot à bâtir.

Marc ADAM, mon neveu, qui a opté pour la nationalité française, a déjà fait une demande et prouvé un avoir d'au moins quatre mille francs. Déjà ma nièce est venue d'Alsace il y a peu et se trouve actuellement au milieu de nous. Le reste de la famille n'attend que la possession d'un lot de terre pour partir et venir s'installer pour toujours à Berrouaghia.

Il vous appartient, Monsieur le Préfet, de décider du sort de malheureux qui souffrent horriblement, précisément parce qu'ils ont voulu rester Français.

Ce serait avec la plus vive gratitude que je verrais leur demande agréée. Et je vous remercie mille fois pour ce que vous voudrez bien faire à ce sujet.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.

L'Adjoint de Berrouaghia.
Ostertag.

Les actes OSTERTAG conservés au C.A.O.M. à Aix-en-Provence :

A Berrouaghia :

naissance 1876 : Jeanne Henriette
naissance 1883 : Marie Jeanne Thérèse
naissance 1884 : Marie Joséphine
décès 1883 : Jeanne Henriette
décès 1883 : Marie Jeanne Thérèse
décès 1888 : Anna
décès 1888 : Jeanne Thérèse
mariage 1880 : "OSTERLAG" Jean Henri et OSTERTAG Marie
mariage 1904 : AUCOUTURIER Jean Marie Léon et OSTERTAG Marie Joséphine.

Autres endroits :

naissance 1845 Alger : Jean
naissance 1845 Alger : Jean
naissance 1847 Alger : Rose Philippine
naissance 1857 Médéa : Joséphine
naissance 1892 Oran : Emilie Madeleine

décès 1839 Alger : Jean
décès 1875 Alger : Rose Philippine
décès 1879 Alger : Jean Baptiste
décès 1884 Alger : Eugène Michel
décès 1887 Alger : Eugènie
décès 1892 Oran : Emilie Madeleine
décès 1896 Sidi Bel Abbès : Emile Joseph.

mariage 1847 Alger : WACKHER Philippe Adam et OSTERTAG Eugénie
mariage 1850 El Affroun : KORMANN Ferdinand et OSTERTAG Marie Anne
mariage 1856 Médéa : OSTERTAG Jean et ROQUES Louise
mariage 1868 Alger : BLANCHIN Emile et OSTERTAG Emilie Rose
mariage 1883 Oran : OSTERTAG Emile Joseph et MARTIN Marguerite
mariage 1895 Sidi Bel Abbès : OSTERTAG Emile Joseph et YORCA Magdalena de la CONCEPCION
mariage 1896 Mostaganem : OSTERTAG Edouard Paul et ACHARD Berthe Marie

divorce 1893 Oran : OSTERTAG Emile Joseph et MARTIN Marguerite.










Pataouète et Sabir.

Publié le 07/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
Pataouète et Sabir

Langue des Français d'Algérie, mélange de français de la Métropole - dit français naturel - d'arabe, d'espagnol et d'italien.
Ne pas confondre avec Sabir : français naturel parlé par les Arabes.

Le Pataouète reflète ainsi la multiracialité de l'Algérie.
Voici quelques exemples, pris dans les "Trésors de racines pataouètes", de Roland Bacri (ed. Belin) :

Aoufe : de l'espagnol "a ufo" : gratuit, pour rien.

Atchidente : c'est par accident (accidenti en italien) qu'en pataouète c'est devenu une interjection. Cela veut dire "fichtre", dans le sens de pas content du tout.

Balèk : tiré de l'arabe : Bal : attention, et ek : deuxième personne du singulier. Cela fait Balèk : attention sur toi, dans le sens de prends garde !

Bouge-toi-de-là : du verbe français, dans le sens de mouvoir. A la place, on peut dire : "pousse-toi de là !"

Caoua : du café. En arabe, ils disent : "gahwa".

Mira : de l'espagnol : mirar : regarder. Cette forme de "mira" veut dire "regarde". Mon oeil, en français naturel ! On l'emploie exclamatif.

Tâcher moyen : c'est "essayer", mais avec toute la conviction qu'il faut pour bien faire réussir la tentative.

Taïba : de l'arabe "tayeb" : à l'origine, c'est "cuit". "Taïba, cette sauce" : cuite à point ! Cela s'est allongé ensuite, en développement sémantique, dans le sens de : "beau, très bien."

L'invasion de l'Algérie et l'installation.

Publié le 07/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
L'invasion de l'Algérie et l'installation.
L'invasion de l'Algérie.

Les raisons de l'invasion de l'Algérie.

L'Algérie fut "conquise" en 1830.
La raison officielle du débarquement de l'armée française à Sidi-Ferruch, le 14 juin 1830, c'était pour répondre à l'insulte infligée au roi Charles X par le dey d'Alger, qui avait souffleté et chassé Monsieur Deval, consul de France à Alger, le 30 avril 1827.
Il y avait d'autres raisons : Hussein pacha, depuis longtemps, se livrait à la piraterie, arraisonnant et pillant nombre de bateaux qui croisaient au large de ses côtes, menaçant ainsi le commerce maritime en méditerranée.

Derrière tout cela, il y avait aussi une sombre histoire d'argent dont l'origine remontait à l'année 1801. Hussein pacha, comme des deys précédents, réclamait à la France une somme de 13.893.844 francs, toujours impayée. Les négociants d'Alger, par l'intermédiaire de deux agents d'affaires, Jacob Bacri et Michel Busnach, avaient débloqué cet argent qui était destiné à financer des fournitures aux armées de Napoléon Bonaparte. Le dey avait multiplié les réclamations sans obtenir satisfaction.
En octobre 1826, le dey écrivit directement à Charles X dont il ne reçut jamais de réponse. Ecrivant alors au baron de Damas, ministre des Affaires étrangères, celui-ci, par l'intermédiaire du consul Deval, lui fit rappeler "au respect des convenances à observer envers le roi de France".

Le jour de la réception du 30 avril, le dey était donc excédé. Il s'écria : "Et mon argent, va-t-on enfin me le remettre bientôt ? Puis, descendant de son trône avec une lenteur voulue, il s'approcha du consul et le souffleta, dans un large geste, à l'aide de son chasse-mouches en plumes de paon. Le consul, offensé, quitta les lieux, en précisant qu'à travers lui l'insulte s'adressait au roi de France, sous les huées et les moqueries, et poursuivit par la vindicte du dey qui lui criait qu'il ne craignait pas plus Charles X que son représentant.

Le dey ne s'excusant pas, la tension monta, et toutes relations furent coupées entre Paris et Alger. Les quelques dizaines de français installés à Alger, principalement pour le commerce, voguèrent donc rapidement vers Marseille.
La marine française organisa le blocus, le long des côtes de l'Algérie. Le 17 juin 1829, une felouque tenta de se faufiler vers l'est. Arraisonnée près d'une plage, les marins français furent pris sous le feu de plusieurs centaines de Bédouins accourus sur place, occasionnant la mort de deux officiers et de vingt-cinq marins. Le dey Hussein achata aux Bédouins, au prix de 100 piastres d'or chacune, les têtes de vingt-quatre de ces marins, et les fit exposer près d'une des portes d'Alger. Une insulte à la "Royale" !
Toute chance de négociation ayant disparu, il était désormais inéluctable que la France ait recours à la force.

Le débarquement à Sidi-Ferruch.

Dans les ports français de la méditerranée, une armada se forme.
11 vaisseaux de guerre, 20 frégates, 4 corvettes, 7 corvettes de charge, 11 bricks, 8 bombardes, 9 gabares, 7 bateaux à vapeur. Avec les transports, c'étaient 600 bâtiments... l'un des plus importants armements qui fussent sortis d'un port français !
Commandée par l'amiral Duperré, la flotte prit la mer le 25 mai 1830. Après un séjour à Palma-de-Majorque, à cause des vents non favorables, l'escadre arrive en face de la presqu'île de Sidi-Ferruch, signalée comme le point la plus propice au plus près d'Alger (4 lieues à l'ouest), et le débarquement commence à l'aube du 14 juin.

L'armée qu'amenait les bateaux, aux ordres du maréchal de Bourmont, était au nombre de 37.000 hommes. On débarque aussi un matériel considérable et une artillerie importante.
Le 19 juin, bataille de Staouëli, puis Sidi-Calef le 24.
Le 29 juin, l'armée est devant le Fort-l'Empereur qui est investi le 4 juillet.
Le dey capitule et, le 5 juillet à midi, Bourmont fait son entrée à Alger, au son de la Tyrolienne de Guillaume Tell et de la Marche de Moïse.

Avec le trésor de la casbah et les marchandises garnissant les magasins, le total des prises put être évalué à 55 millions; la campagne en coûtait 43 et demi.
On déplorait 415 tués et 2.160 blessés au combat. Les maladies emportèrent plus de monde : 34 officiers et 600 soldats dans les hôpitaux de campagne.

Après la prise d'Alger, la France instaure une occupation restreinte : Oran, Mostaganem, Bougie et Bône.
L'émir Abd-el-Kader résistera encore longtemps aux français.

Les principaux responsables militaires.

- Louis Auguste Victor de BOURMONT (1773-1846), commandant de l'expédition d'Alger, ce qui lui valut son bâton de maréchal.

- Anne Jean Marie René SAVARY (1774-1833), commandant en chef en Algérie de 1831 à 1833.

- Armand de SAINT-ARNAUD (1800-1854), officier d'ordonnance de Bugeaud, général en 1847.

- Louis CAVAIGNAC (1802-1857), envoyé en Algérie en 1832, devint Gouverneur général en 1848.

- Marie Alphonse BEDEAU (1804-1863), envoyé en Algérie en 1836, Gouverneur général en 1847.

- Christophe Louis LAMORICIERE (1806-1865), participe à la prise de Constantine en 1837, à la bataille d'Isly en 1844, soumet Abd-el-Kader en 1847.

Que faire de l'Algérie ?

Le gouverneur de l'Algérie, le maréchal Valée, se borna surtout à conserver les acquits, plutôt que de continuer à conquérir plus avant le pays.
Jusqu'à l'automne 1839 : calme relatif. Dans les petites garnisons éparses, les soldats périssent d'ennui et attrapent des maladies.
Puis Abd-el-Kader, après la violation du traité de Tafna, reprend l'offensive, et les soldats se battent à nouveau.

En France, discussion chez les parlementaires. Le 15 février 1840, à la Chambre, Bugeaud fait un discours résumant très justement la situation :

"L'abandon, (de l'Algérie) la France officielle n'en veut pas; les écrivains, c'est-à-dire l'aristocratie de l'écritoire, n'en veulent pas. Les pères de famille, qui voient périr leurs enfants en Afrique, pourraient penser autrement, mais ils ne parlent pas, ils n'écrivent pas; ils travaillent et ne sont pas consultés... Il ne reste donc, selon moi, que la domination, la soumission du pays."

"... il n'y a à saisir, en Afrique, qu'un intérêt, l'intérêt agricole."

"... Il faut donc que le pays soit conquis et la puissance d'Abd-el-Kader détruite."

Bugeaud annonce ici l'idée qui lui est chère : une grande invasion suivie de l'établissement de colons militaires.
Sur l'accord du roi, le maréchal Soult, nouveau ministre de la Guerre, nomme Bugeaud gouverneur général de l'Algérie, le 29 décembre 1840.

Le début de la colonisation et la pacification.

En 1840, environ 30.000 colons sont déjà en Algérie.
Bugeaud les encourage et organise le pays et l'armée.

"La guerre que nous allons faire - dit-il - n'est pas une guerre à coups de fusils. C'est en enlevant aux Arabes les ressources que le sol leur procure que nous pourrons en finir avec eux. Ainsi, partez donc, allez couper du blé et de l'orge."

En 1841, Bugeaud refoule Abd-el-Kader. Nommé maréchal et duc d'Isly après sa victoire sur les troupes de l'émir, il résolut d'augmenter le patrimoine des Arabes... en faisant cultiver leurs terres par ses soldats.
Prenant pour devise : "Ense et Aratro" (par l'épée et par la charrue), il restera fidèle à son principe de politique coloniale. C'est à ce principe qu'il fait allusion dans le document ci-après, première page d'une longue lettre adressée à Auguste Blanqui, le 15 juin 1847, répondant ainsi par cette missive à Mr de Bourmont qui lui cherchait noise :

"MARECHAL, DUC D'ISLY
Cabinet

... Sans doute Mr de Bourmont n'a pas voulu voir ce que, à mon sens, il y a de louable dans ma proclamation; il a mieux ainsi épilogué, sans beaucoup de justesse, c'est là ce me semble la tendance de son esprit.

Ne suis-je pas bien coupable d'avoir dit cà et ceci à des soldats, après l'énumération de leurs plus grands travaux : vous avez créé des villages et des fermes pour les colons civils, vous avez défriché les terres des cultivateurs trop faibles encore pour les défricher eux-mêmes, vous avez fait des prairies, semé des champs et vous les avez récoltés; vous avez montré par là que vous étiez dignes d'avoir une bonne part dans le sol conquis et que vous sauriez aussi bien le cultiver que le faire respecter de vos ennemis.
De quelque côté que je tourne et retourne ces paroles, je ne puis y trouver rien de blâmable. Je n'y vois qu'une simple recommandation aux pouvoirs publics, en faveur des soldats qui ont si bien travaillé, et plus encore en faveur de la colonisation, de la consolidation de la conquête."

Il est certain que l'armée effectua un travail considérable. Entre les combats, et durant les périodes de calme, les soldats deviennent terrassiers, laboureurs. Ils aident et protègent les colons civils. Leur courage et leur loyauté avait fortement marqué le duc d'Aumale, après qu'il eut pris la Smala d'Abd-el-Kader, marquant ainsi la fin de la lutte. En 1848, celui-ci écrivait :

"... La France peut compter sur son armée d'Afrique; elle trouvera ici des troupes disciplinées, braves guerriers; elles sauront donner partout l'exemple de toutes les vertus militaires et du plus pur dévouement au pays.
J'avais espéré partager leurs dangers et combattre avec elles pour la patrie...
Cet honneur m'est enlevé. Mais du fond de l'exil, tous mes voeux seront pour la gloire et le bonheur de la France."
(Lettre au Ministre de la Guerre, au moment de son exil provoqué par la Révolution de 1848, l'obligeant à quitter son poste de Gouverneur général de l'Algérie - Musée des Colonies.)

Les émigrants.

Contrairement à ce que l'on peut penser, l'émigration en Algérie fut surtout d'origine urbaine.
En 1848, on y "déporta" même des ouvriers et des hostiles au régime. Mais ces gens n'avaient ni l'envie ni l'expérience pour s'improviser cultivateurs. Beaucoup d'implantations périclitèrent, et de nombreuses personnes revinrent en Métropole.
Puis vinrent les Colonies Agricoles, aidées par l'Etat qui sélectionnait les postulants, leur distribuait des semences et même des maisons, durant quelques temps. Ils furent d'abord aidés par l'armée, puis, petit-à-petit, livrés à eux-mêmes.
Il en vint de France, bien sûr, mais aussi d'Espagne, d'Italie, de Malte, d'Allemagne....

Il y avait des colons en Algérie depuis au moins 1838, mais les plus importantes vagues commencèrent en 1848. Nombreux départs en 1853, 1870...

Un rapport du Service de l'Algérie publié en 1892 disait :

Le but essentiel de notre établissement en Algérie, c'est d'y créer, avec le concours d'émigrants européens assimilables, une race de Français qui puisse civiliser et rapprocher de nous les indigènes. Quelque signe de prospérité que pût donner d'ailleurs notre colonie, si les français n'y devenaient pas progressivement assez nombreux pour encadrer les autres éléments, nous douterions de son avenir.

Le mode de "colonisation officielle", organisé en encouragé par l'Etat, qui concédait gratuitement des terres et créait des villages, cette histoire du peuplement colonial de l'Algérie paraît se confondre avec celle de la colonisation agricole.
C'est la version officielle d'un phénomène mal étudié.

Les premiers immigrants, des paysans aventureux et courageux ?
Rappelons qu'avant 1848 la plupart d'entre eux (les 3/4) étaient d'origine citadine et affluaient dans les villes !
A la fin du Second Empire, la proportion des citadins dans la population européenne avait un peu baissé, mais restait de l'ordre de 60%.
Puis :
- 63,6 % en 1886,
- 65,4 % en 1906,
- 71,4 % en 1926.
La colonisation de peuplement fut en fait, majoritairement, un phénomène urbain. Ce qui impose la révision d'une histoire légendaire.
En 1849 et 1850, 20.500 émigrants volontaires furent effectivement dotés de concessions provisoires et installés dans 42 villages hâtivement construits par le Génie, sur le plan des camps de l'armée romaine. Mais dès 1850, l'effectif des colons était réduit de moitié. Ils ne s'adaptèrent pas aux contraintes de la vie rurale.

Il faut aussi détruire la légende du "Mayflower" algérien, l'image de ces milliers de républicains exilés en Algérie pour crime d'opposition à l'Empire, et qui auraient fait souche de tant de fiers citoyens de l'Algérie française.
Les "transportés" de 1852 n'étaient que 6.258 et, lorsqu'ils furent amnistiés en 1859, la plupart d'entre eux rentrèrent en France. Il n'en resta que 250, qui ne purent engendrer les dizaines de milliers de descendants se réclamant d'eux.

Le nombre des descendants d'Alsaciens-Lorrains a donné lieu aux mêmes exagérations. Sur 125.000 émigrants qui avaient quitté les provinces annexées par l'Allemagne, 1.183 familles reçurent des concessions gratuites en Algérie. Mais, comme presque tous les hommes étaient des ouviers de fabrique, un tiers d'entre eux seulement (à peine 387 familles) purent conserver leurs propriétés, malgré les aides, les attentions publiques et privées dont ils avaient tous été l'objet. Les Alsaciens-Lorrains n'ont donc constitué qu'une petite minorité des émigrants français installés par la colonisation officielle.

Les colons n'étaient en fait pour la plupart, ni des exilés, ni des bannis. Ils venaient de la partie méridionale du Massif Central, des départements viticoles du Midi et de la Corse, chassés par la misère ou la crise du phyloxéra. Pour la majorité d'entre eux, ils ne restèrent pas sur leurs terres.
Selon les résultats de la grande "enquête sur les résultats de la colonisation officielle de 1871 à 1895", 61% des 13.300 familles de colons installés avaient dans cet intervalle vendu leurs concessions : parmi elles, 5.655 seulement provenaient directement de la Métropole, les autres étaient dites "algériennes", c'est-à-dire françaises d'Algérie.

Encore qu'elle eût coûté fort cher - 686 francs-or par colon installé, disait-on en 1905 - la colonisation officielle parut longtemps une réussite. Elle avait créé en un siècle 700 villages ou hameaux, et façonné à l'image de la France une partie de l'Algérie.
Quelques-uns des centres créés devinrent des villes, d'autres stagnèrent, très peu disparurent.

L'Etat ne parvint pas pourtant, malgré les incitations et les avantages consentis, à enraciner une paysannerie française nombreuse.
Il ne réussit pas plus à faire vivre durablement une démocratie de petits propriétaires.
En fait, l'administration fut incapable de s'opposer à la grande colonisation capitaliste, dont on savait qu'elle "ne peuplait pas", ou d'empêcher la constitution de grands domaines plus rentables.


Sources :
- "Comment l'Algérie devint française - 1830-1848", Georges Fleury, Perrin, 2004 (ainsi que pour l'image).
- Historia Spécial N° 486/H.S./ RD - Juin 1987.
- "La Epoca" - Avril 1865.
- Documents divers et personnels.


Le colon "Algérien"

Publié le 07/01/2009 à 12:00 par emigrationalgerie
Le colon "Algérien"

Le colon "Algérien", quittant son Alsace natale, abandonnait sa maison, sa ferme. Il réalisait tout son avoir, vendait tout son bien pour financer son départ, son voyage et l'implantation dans sa nouvelle patrie. Il payait ses dettes, s'il en avait, et demandait son passeport.

Adieu la maison à colombages, l'intérieur douillet, la manière de vivre, les amis du "stammtisch", le village...

C'était l'aventure ! Avec tout ce que cela suppose de joies, de peines et de difficultés. Mais aussi de tristesse contenue, malgré tout, de laisser un monde, une civilisation, un environnement qui - même s'il était parfois difficile - avait l'avantage d'être connu.

Et pourtant ils partaient... beaucoup !

Par exemple, de 1846 à 1856, des statistiques nous indiquent que 7.597 personnes au moins ont émigré d'Alsace vers l'Algérie. Des couples mariés, souvent avec des enfants, des célibataires aussi.

Un voyage de trois semaines au moins, en diligence, en chaland jusqu'à Châlons-sur-Saône, ou par le train. Puis le bateau à vapeur jusqu'à Arles. Encore le chemin de fer jusqu'à Marseille ou Toulon, ports d'embarquement, souvent dans des conditions difficiles, voire précaires.

Une traversée de quatre jours, sur des bateaux peu confortables, et les côtes d'Afrique du nord se précisent.

D'Alger, d'Oran, les "colons concessionnaires" se rendent sur le lot qui leur a été attribué. C'est par exemple : "... un terrain situé à l'ancienne smala des Spahis, portant le numéro 11 du plan de lotissement (d'une superficie de l'ordre de 10 hectares...). Ce terrain est de nature de terre labourable, inculte; le sol est couvert par quelques jujubiers et des buissons épineux; il n'existe dessus ni construction ni plantation."

Le colon s'engage "à construire une maison d'habitation et clore par des haies vives ou des fossés la parcelle dont il sollicite la concession, dans le courant de l'année, à planter 250 arbres (25 arbres fruitiers ou forestiers de haute tige par hectare), planter 1/3 par année à partir de ce jour; défricher entièrement le terrain et arracher les jujubiers et autres épines s'y trouvant, et mettre en culture la totalité des terrains concédés dans un délai de trois ans à partir du jour de la mise en possession."

Ce mode de "colonisation officielle", organisé et encouragé par l'Etat, qui concédait gratuitement des terres et créait des villages, apportait aussi des obligations aux colons.
Ceux-ci, cultivateurs ou journaliers, pour la plupart, souhaitaient obtenir des terres pour se créer leur propre exploitation, et tenter ainsi de mieux vivre.

Parfois, c'est l'Etat qui construisait les maisons. Elles étaient très simples :
Douze mètres de long sur cinq de large, avec des murs en pierres. Le mortier est composé de chaux maigre et de sable. La couverture est en tuiles.
A droite et à gauche, deux pièces identiques, de 4m10 sur 3m10, avec une fenêtre de chaque côté et un renfoncement pour une éventuelle armoire. Une porte intérieure donne dans la pièce principale.
Celle-ci, carrée (4m10 sur 4m10) comporte deux renfoncements et une cheminée. De chaque côté une porte donne sur l'extérieur.

Les routes aux alentours sont défoncées, peu d'arbres... et la chaleur ! (comme en 1848). On ensemence les terres, on crée des jardins...
La vie est dure et la nourriture pas toujours abondante.
On aménage la maison. Avec des caisses de récupération on fait des lits, des étagères, des bancs.

Les récoltes sont aléatoires et souffrent beaucoup du manque d'eau ou des invasions de sauterelles. On manque de tout et certains repartent.
Pourtant la vie continue. Des villages se créent, des communautés se constituent. On acquiert du matériel agricole plus performant.
Petit-à-petit tout s'améliore. Un épicier, un boulanger, un boucher vivotent, mais le manque d'argent empêche les industries de se former.

On construit des "norias" qui serviront à l'arrosage des jardins. Chacun s'active à peupler les basses-cours : les volailles et les chêvres abondent, quelques vaches et quantité de cochons qu'on engraisse pour mettre dans le saloir.
Avec les charrettes ou les voitures à chevaux, il faut aller loin pour moudre le grain. Des moulins sortent de terre. On crée des étables, des écuries, des granges.

L'armée se retire progressivement, laissant l'autonomie aux villages qui créent des communes et élisent leurs maires.
Avec le temps, arrive une nouvelle identité, le profil du "pied-noir" s'entrevoit. Des coutumes voient le jour. Un dialecte aussi, le "Pataouète", mélange de français de la Métropole, d'arabe, d'espagnol et d'italien, reflétant ainsi la multiracialité de l'Algérie.
Les cultures progressent... certains font du vin...

On n'oublie pas sa terre natale, mais elle n'est plus qu'une idée, un souvenir, dans la tête des enfants qui sont nés ici.

Mais nombre d'entre-eux feront le voyage inverse, surtout en 14/18 et en 39/45, découvrant ainsi, souvent pour la première fois, le pays de leurs aïeux, et certains viendront y mourir dans des combats meurtriers.

Plus tard, des milliers franchiront la Méditerranée, obligés de quitter ce pays, leur pays, où ils avaient pris racines, pour un "retour" sans gloire vers la Métropole et une autre vie.